30 septembre 09

le trajet d'aujourd'hui : trek Etna : Sapienza, face sud, cratère 'Bocca Nuova', nuit 3200m.


  • Je passe une relative bonne nuit, mais trop courte à mon goût. J'ai toujours aussi mal au poignet depuis hier soir (à force d'écrire les cartes), je me réveille à 07h00 avec un grand beau temps et pas un nuage, 16°C à peine dans la voiture. Bon pour le p'tit dèj il va être copieux car aujourd'hui c'est le grand jour !!! Je m'envoie ce qu'il faut dans la sous-ventrière.

    En passant à Nicolosi, je poste mes cartes postales. Ben dis-donc, je le voyais bien plus grand et imposant que ça l'Etna ? Ok on ne voit que lui mais bon c'est pas la terreur visuelle non plus !!! Mais au fur et à mesure que je me rapproche de lui et que je commence à passer premiers lacets, c'est là que je me rend compte qu'il est immense !!!!! Et que ça ne va pas être de la tarte !!!!!

    J'arrive à Sapienza, c'est gavé de boutiques de souvenirs et ils osent demander 15€/jour de parking !!!!! Ils sont fous !!!!! En tout cas moi je vais pas claquer 45€ pour laisser ma voiture là … je vais me garer en contre-bas de Sapienza sur aire de repos ou de stationnement, y'a personne mais bon c'est pas grave, au moins là c'est gratuit. Je retourne à pied aux boutiques pour me procurer une bonne carte de l'Etna pour la rando, mais personne n'en vend juste des souvenirs … je vais demander au poste de police où est ce que je pourrai trouver ça, ils m'indiquent le bar mais ce dernier est fermé. En plus il n'y a pas de maison du parc de l'Etna, faudrait redescendre à Nicolosie. Je tente à une boutique juste à côté et heureusement le type en a à vendre !!! Ouf, je suis sauvé de ce côté là, bon il n'y a pas celle que je voulais mais celle que je choisis fera très bien l'affaire, le vendeur me dit que la boucle sur l'Etna que je compte faire en 2 jours ça risque d'être court et vaut mieux la tenter en 3 jours (face sud, face nord et contournement par l'ouest, retour à Sapienza). Le problème c'est que la météo pour aujourd'hui et demain c'est bon mais après ça se gâte sérieux. Retour à la voiture pour préparer mon sac, un vieux s'approche, il est de Toulouse, décidément tout le Sud-Ouest s'est donné rendez-vous en Sicile !!!! On blague pas mal, sa femme est partie avec des amis en téléphérique pour voir l'Etna mais lui ne s'en sentait pas capable. Dans le sac j'y fourre tous les vêtements chauds pour la haute montagne, duvet, tente, matelas, 5 litres d'eau, de quoi manger, boussole, … enfin tout ce qu'il faut pour pas revivre mes déboires de l'Askja y'a 2 ans en Islande. Le sac doit taper dans les 13 kg, allé « Adishatz ».

    Bon je démarre mon trek de l'ascension de l'Etna à 10h30 juste derrière le refuge de Sapienza (1900m), de suite je croise un petit groupe de français avec l'accent bien de chez nous, ça doit être les toulousains et un d'eux me dit « vous le faites à pied jusqu'en haut ? Ça c'est un Homme !!! ». Ça attaque raide, très raide même !!! La piste est large et j'ai déjà mal au dos et aux épaules … ça promet l'enfer dans 5 ou 6 heures. J'avance lentement et à mon rythme sur les nombreux lacets de la piste et plus ça va plus c'est le Mordor !!! En traversant la coulée de lave de 2003, le paysage devient dantesque, il n'y a que 3 couleurs tout autour de moi : brun, noir et rouge feu, à par ça du minéral rien que du minéral, j'avais été servi en Islande mais là c'est pas mal non plus !!! Il n'y a absolument personne sur la piste, les seules traces de vie ici ce sont les nombreuses coccinelles par terre (y'a pas meilleur endroit pour elles en Sicile ?) et la ligne de téléphérique au dessus de ma tête.

    Bordel que les 13 kg du sac me pèsent dans les virages des lacets !!! Mais c'est énorme, moi j'en rêve tous les jours de l'année de ces paysages de solitude, j'ai été contaminé par l'Islande et depuis je n'arrive pas à m'en sortir !!! Comme une drogue ces paysages. Parfois je croise des gens dont je force l'admiration, eux qui sont montés en téléphérique et qui redescendent à pied. J'en chie sévère mais j'arrive à peu près bien à gérer temps forts et temps faibles de mes efforts. L'isolement devient de plus en plus présent car les nuages commencent à s'ammonceller en dessous de moi sur Sapienza, comme coupé du monde, I'm alone on the moon !!!!

    Sans compter que le soleil tape quand même fort, à 12h30 j'arrive enfin au terminus du téléphérique à 2500m, c'est ici que les gros bus 4x4 prennent le relais pour emmener les touristes jusqu'en haut, pourquoi pas … mais bon moi j'ai choisi une autre option, moins coûteuse financièrement et sûrement plus émouvante en émotions. Donc au terminus du téléphérique, il est temps pour moi de casser la croute et d'étudier un peu la suite de l'ascension. Pas loin de moi se trouve un panneau qui dit ceci : « c'est aux marcheurs à emprunter d'autres chemins pour laisser la place aux bus 4x4 sur la piste principale », c'est un comble !!! C'est ceux qui en chient déjà pas mal qui doivent en chier encore plus … c'est la vie. Je profite de ce soleil pour faire sécher mon tee-shirt, sans oublier de se rhabiller car le vent est plus que frais.

    13H15, je repars pour la 2ème partie de l'ascension, ici commence un paysage totalement différant : un désert de scories noires et de poussière volcanique, terminé les grosses coulées de lave chaotiques. La pente est aussi moins forte ce qui est plus agréable pour marcher, par contre cet enfoiré de vent a gagné en force et heureusement que je ne l'ai pas de face !! J'enfile mon coupe-vent en gore-tex, et là on pourra dire ce que l'on voudra mais ça va déjà bien mieux.

    En passant à gauche du cratère 'La Montagnola' je décide de quitter la piste principale car j'en ai marre de me coltiner tous les ¼ ces bus 4x4 qui font une poussière de tous les diables, et je bifurque ma route vers l'est au pied du cratère 'Frumento Supino', je suis plus au calme c'est vrai mais c'est là que survient le drame !!! C'est atroce d'avancer ici : dans le sable volcanique avec une pente de fou furieux et le vent de face !!!! j'en bave comme jamais, l'impression de ne pas avancer … tous les 20m je suis obligé de faire une pose de quelques secondes … ça a un prix la solitude dans des paysages d'enfer, mais quel prix !!! Enfin j'aperçois de nouveau dans mon champs de vision les cratères sommitaux de l'Etna, et ils sont encore bien haut, 500-600m de dénivelé peut-être ? En tout cas c'est un spectacle saisissant ces couleurs, décidément l'Homme croit tout contrôler, tout maîtriser mais que peut-il faire face à la nature d'apparence aussi calme ? Pas grand chose en fait, juste contempler ce que nous lègue la nature et ce dire que l'on a vraiment de la chance d'être là. Je m'étais déjà posé la question à plusieurs reprises dans ma vie, la preuve que je n'ai toujours pas trouver la solution idéale puisque je me la repose encore aujourd'hui.

    15H00 Il fait 12°C et me voilà enfin à « la torre del filosofo » (la tour du philosophe), c'est la fin de la seconde partie de la montée mais qu'elle fut pénible, j'en ai plein les jambes. Et la civilisation est de retour, quel monde ici !!! C'est le terminus des bus 4x4 à 2900m d'altitude, un véritable petit parking emménagé, plus une cabane pour les guides, c'est la nature exploitée pour le tourisme au jour le jour, puisque une éruption peut tout anéantir en l'espace d'une journée. Je m'accorde une petite pose sous ce qui reste de la tour du philosophe, c'était un refuge-observatoire qui a été détruit par une éruption en 1971.

    Je repars à 15h20 car j'ai encore pas mal de route qui m'attend. Un immense champs de lave m'accueille pour commencer, manifestement elle n'est pas bien vieille, de 2006. C'est relativement plat et sans difficultés, ce qui me permet d'avancer tout en me reposant et mon dos c'est habitué au poids du sac à dos.

    C'est à l'intersection du sentier (faut le deviner !!) qui mène au sommet du cratère de 'La Bocca Nuova' que tout devient plus dur, l'ascension finale est très pentue et dans le sable … J'y arrive plus, je suis crevé, épuisé, éreinté, … et pourtant faut que j'y monte avant que la nuit ne tombe, et profiter du beau temps. J'ai l'impression que plus je grimpe et plus les cratères sommitaux s'éloignent de moi !!! Maintenant c'est au mental que je vais gagner l'Etna !!! J'en peux plus, les jambes, les mollets, les épaules, … et toujours ce vent qui vient corser mon affaire. Sur les quelques derniers hectomètres mes cuisses ne répondent plus, avec temps de haute montagne je m'habille, je me déshabille, je me re-habille, je me re-déshabille, comme des bouffées de chaleurs et pourtant je suis encore loin de la ménopause !!!! Y'a même peu de chances que ça m'arrive !!!!

    Enfin les voilà les cratères de feu à 100m de moi !!! Bordel que ça pue le souffre !!! Et un vent de tous les diables. Mais voilà, j'y suis, je l'ai fait !!! ça me regonfle le moral épuisement !!! 17h30, le souffre me brûle la gorge et les yeux, je suis seul devant 'La Bocca Nuova' un des 4 cratères sommitaux de l'Etna à 3400m d'altitude et certainement le cratère le plus actif de ces dernières années, prudence !!! Ici on est aux portes de l'enfer, dans la mythologie grecque : ces dans le cratère de l'Etna (donc ici) que se trouvent les forges Héphaïstos (Dieu du feu), il y fabriquerai les armes des Dieux de l'Olympe comme le trident de son pote Poséidon ou la foudre de Zeus (le boss), les bruits et grondements du volcan correspondraient au martellement des outils sur les enclumes. Cette mythologie !!! C'est toujours d'une richesse de scénarios !!! En tout cas je sais pas si Héphaïstos va venir à ma rencontre mais moi je me régale de ce paysage digne de l'enfer, ces bonheurs ça n'a pas de prix à mes yeux. Le vent est terrible et refoule les fumées du cratère à l'intérieur de ce dernier, saisissant !!! Je suis seul au milieu de tout ça, j'arrive à peine à imaginer la chance que j'ai. Faut quand même pas que je traine trop ici, non pas qu'il va entrer en éruption car y'a pas d'inquiétudes à avoir, les volcans c'est comme pour l'élection des Papes : tant que ça fume blanc y'a pas d'inquiétudes à avoir mais c'est quand ça fume gris que là il faut se poser des questions !!!! Cela dit je n'ai aucun grief contre les papes, c'était juste pour la comparaison des fumées !!!!

    18h00, je redescends assez vite sur la piste qui contourne les cratères sommitaux, le soleil commence à baisser et le vent s'est calmé, je me trouve un petit coin abrité pour planter ma tente à 3200m. Je suis au dessus des nuages, les sardines tiennent mal dans le sable volcanique et je suis obligé de les faire tenir avec des blocs de lave dessus.

    La nuit tombe à 19h30, il fait maintenant 02°C dehors, ce froid ça déglingue tout !!! Il pourrait bien geler assez fort cette nuit, c'est pour ça que je vais rentrer mes bouteilles d'eau dans la tente. L'épaule droite en vrac et un peu les lombaires, sinon ça va à peu près comme un type qui vient de se farcir 7 heures d'ascension dans la lave … avec un sac de 12/13 kg sur le dos. Au menu du chef ce soir : lentilles, saucisson et figues. 20H00, j'étudie un peu le parcours de demain, il fait 08°C dans la tente, c'est très agréable. Pour cette nuit, je m'habille comme un cosmonaute avec les collants, tee-shirt, gros polaire, pantalon k-way, chaussettes, gants, bonnet et je vais au duvet à 20h30.

    Le silence est pesant, trop pesant même, beaucoup de conditions sont réunies pour paniquer (en un mot, je vous pris !!) je suis seul, à 200m des cratères les plus actifs au monde, en haute montagne, personne d'autre que moi sur le volcan, un silence à faire flipper un mort, s'imaginer la situation catastrophe, … On est bien peu de chose sur cette Terre, tellement vulnérable, c'est effrayant et faut le vivre au moins une fois dans sa vie ces moments là !!! Quelques fois le vent perturbe ce silence en s'engouffrant dans la toile de tente, mais ce silence oppressant … Je ne m'endors que vers 00h00, l'altitude peut-être, pourtant je suis crevé, la température chute vite à 02°C dans la tente, il doit bien faire du -04/-05°C dehors, je vais pas aller vérifier, suis bien au chaud dans mon duvet. Bonne nuit à tout le monde !!!