01 octobre 09

le trajet d'aujourd'hui : trek Etna : cratère 'Bocca Nuova', face nord, Piano Provenzana, face nord, nuit 3200m.


  • La nuit ne fut pas trop mauvaise, même si je me suis réveillé à de nombreuses reprises. 02°C toute la nuit dans la tente et il fait encore cette température dans la tente quand je me réveille. Le ciel est déjà très clair à travers les parois de la tente, c'est bon signe. Je me lève sans trop de courbatures, donc les douleurs au dos hier n'étaient qu'illusoires !!! Heu non, je crois pas … Ce matin le silence est toujours aussi présent, il plombe l'atmosphère, je savoure ces moments avec un immense bonheur, le terme « seul au monde » pourrait très bien convenir. Voilà un moment que je redoute chaque matin : le déshabillage et le rhabillage alors qu'on est si bien dans le duvet !!! Et puis non pas si douloureux que ça, le froid ne me mord pas la peau. Je range toutes mes affaires dans le sac, et j'attaque le p'tit dèj avec 3-4 barres de céréales et pour le café au lait froid on verra demain … Bordel quelle galère pour rouler la tente sur le sable volcanique mouillé, j'en fous partout sur la toile.

    Je décolle à 08h00, le soleil commence à pointer son nez derrière les cratères et éclaire doucement les pentes occidentales de l'Etna, le paysage est magnifique, saisissant !!! une région entière de cratères se dévoile sous la brume matinale, je suis obligé de contempler ce spectacle toutes les 2 min.

    J'avance bien car ça descend légèrement, pourtant sur la carte, je dois suivre la courbe de dénivelé qui contourne les cratères sommitaux, bon on verra bien. Tant que ça mène à Piano Provenzana !!! Comment ne pas être envouté par cette lumière chaude qui éclaire les champs de lave, les déserts de scories et le sable noir ? Grandiose !!!

    Me voilà devant une immense étendue de sable noir immaculé, comme si il avait neigé de la neige noire !!! Fantastique !!!

    Et tout au bout de la plaine ce trouve l'observatoire Pizzi Deneri (2820m),

    j'y arrive à 09h00 sous les terribles odeurs de souffre, et oui le vent à changé de direction par rapport à hier et rabat les fumées vers le nord. À l'observatoire il n'y a personne, il est fermé, j'en profite pour quitter mon sac et monter au sommet du Pizzi Deneri juste au dessus de l'observatoire, et là s'étale devant moi un formidable paysage minéral (normal sur l'Etna !!), chaotique et en même temps d'une finesse !!! Du noir et encore du noir, de quoi en broyer du noir !!! C'est la « Valle del Leone ». une vallée de cendre volcanique qui se jette dans la « Valle del Bove » plus loin. Y'a de quoi en être subjugué.

    C'est pas tout ça, mais il faut que je continue ma descente, je continue mais je commence à avoir chaud, et le chemin descend bien vite ce qui me met le doute : c'est le bon chemin ? Non mais c'est ça, la carte ne trompe pas, et les coulées de lave correspondent, d'ailleurs celle que je suis en train de traverser est rouge feu.

    10H00, je fais une pose pour boire quelques gorgées de flotte, et à 200m dans la coulée de lave j'aperçois des fumerolles qui sortent de terre, je ne peux m'empêcher d'aller voir. En laissant mon sac derrière un bloc de lave, dur dur de marcher/escalader dans la lave, et une fois sur place à ma grande stupéfaction le sol est recouvert de mousses vertes fluo et truc bizarre : le sol est légèrement chaud et ça ne sent pas le souffre !!! Alors non, c'est pas des fumerolles mais de la vapeur d'eau chaude !!! Il doit y avoir alors une source juste en dessous, qui à dit qu'il n'y avait aucun point d'eau sur l'Etna ?

    En m'en revenant, je me prend une de ces gamelles sur les blocs de lave !!! Mémorable … m'écorche le coude et la paume de la main, bien joué ça Régis !!!!
    Je repars à 10h45, grand beau temps, la piste est bien large car ils doivent l'entretenir au bulldozer, pas possible sinon !!! J'arrive à la zone volcanique de 2002, une faille éruptive de 25 cratères qui se sont formés en 2002 à 2400m d'altitude sur une longueur de 2 km !!! C'est cataclysmique !!!! Et dire qu'il ne devait pas faire bien bon de trainer dans la région y'a 7 ans !!!! Ce premier cratère m'impressionne d'autant plus qu'il fume encore au fond, bon ce ne sont pas des cratères immenses, environ 25/30 mètres de diamètre et d'une profondeur de 10/15 m, bon c'est déjà pas mal quand la lave sort de ces trous !!! Un italien arrive en vélo, on discute un peu et il a bivouaqué cette nuit sur la face sud, il n'a vraiment pas grand chose comme bagages sur sa bicyclette, si j'ai bien vu il devait y avoir juste une bâche plastique et 2 ou 3 piquets, plus un petit duvet léger, un matelas mousse … Ce type me fait trop penser à Stéphane (Susu) limite insouciant, et même tête. Purée mais il a dû se les geler sévère cette nuit !!!!!!! Oh, le pauvre …

    11h00, je continue ma descente à travers ce paysage tourmenté où la nature règne en maître absolu, formidable. Voilà l'ancienne remontée téléphérique de Piano Provenzano qui a été détruite en 2002, on voit encore les pylônes coulés dans la lave …

    Mais un petit truc me tracasse la cervelle, je n'arrive pas à trouver la piste qui doit bifurquer sur la gauche pour contourner l'Etna par la face ouest à la base et rejoindre Sapienza, non rien de rien !!! Pas de piste … bizarre ça, je ne l'ai pourtant pas loupé, j'ai été attentif et plus ça va et plus je me rapproche de la station de Piano Provenzana. Bon quoi faire ? Voilà un bus 4x4 qui arrive, je le stoppe et je demande au chauffeur si il y a des bus qui contournent l'Etna par la route circulaire et qui pourraient me ramener à Sapienza ? Ben non y'a rien de rien à la station, au moins je suis fixé. Et en plus faut faire encore 20 km pour attraper le premier village sur la route circulaire … Bon je décide quand même de descendre jusqu'à la station Piano Provenzana en bas et je verrai bien.

    Me rapproche tout doucement du but en traversant un paysage de désolation extrême qui sent la mort, qui ressemble à la mort (véridique !!!), la coulée d'octobre 2002 (la faille de cratères que j'ai vu tout à l'heure) à ravagé toute la partie nord de l'Etna et détruit en totalité Piano Provenzana et une grosse partie de la pinède fut brûlée et calcinée sur place, aujourd'hui les siciliens ont reconstruit Piano Provenzana mais les pins, les sapins sont encore sur place secs, brûlés, … la mort je vous dis !!!! quel tableau tragique que de voir la nature tuée par la nature !!!! Ça en fait même mal au cœur.

    13H00, me voilà à Piano Provenzana, je mange vite fait un sandwich et

    je vais prendre des renseignements au bureau des inscriptions de la compagnie qui propose les excursions en bus 4x4. Savoir si il y a un moyen pour rejoindre Sapienza d'ici et si non, le bus 4x4 pourrait m'emmener jusqu'au terminus de l'observatoire Pizzi Deneri, ça serai cool et surtout ça en moins à grimper. C'est là que je prends une grosse douche froide sur le moral : et d'une il n'y a aucun moyen de locomotion d'ici pour rejoindre Sapienza et de deux si je prends un bus 4x4 pour monter et bien je suis obligé de le reprendre pour redescendre … c'est l'excursion … ils sont responsables des touristes emmenés donc ils ne laissent personne en haut … Je suis dégouté et complètement abattu … et il n'y a même pas moyen de négocier quoi que ce soit … Je lui explique quand même mon cas et elle me répond en gros : « tu t'es mis tout seul dans la merde, alors d'emmerdes toi tout seul !!! », bon ok j'ai compris je ne demande pas mon reste. En plus comble du comble ils annoncent très mauvais temps pour demain, … Quoi faire ? Est-ce que j'ai le choix d'éviter l'ascension de la face nord et revenir au point de départ ? Non, … et bien c'est pas grave (j'ai une grande qualité : c'est de toujours relativiser les choses), on ne veut pas m'aider et bien je m'aiderai tout seul !!! Qui a dit qu'impossible n'était pas français ? Même si je suis bien bien fatigué, mal au dos et aux épaules et bien, moi Régis, me lance dans l'ascension de la face nord de l'Etna après m'être cogné la face sud hier. Elle me prend pour un fou !!! Avant de repartir, j'évalue la situation : j'ai jusqu'à demain soir pour rejoindre Sapienza, si il pleut c'est pas grave j'ai tout ce qu'il faut dans le sac, si y'a du brouillard pas de soucis la piste est très bien matérialisée, c'est pour cette nuit je sais pas comment je vais faire, je verrai bien.

    À 13h30 je repars pour une journée de folie furieuse, j'adopte une technique pour ne pas me démoraliser : ne pas regarder devant soi mais uniquement ses pieds, car si je commence à me lamenter sur les futurs virages en lacets qui m'attendent et ce qui me reste à gravir, je vais mourir sur place !!!! Et à partir de maintenant plus de pertes de temps, terminé les poses-photo je vais avoir autre chose à faire. Je vais en baver, en pleurer, en suer, mais c'est pas grave, j'ai connu bien pire sur l'Askja en Islande et je m'en suis sorti vivant, alors c'est parti !!! Le premier kilomètre, c'est dur, mais c'est dur !!! L'impression de ne pas avancer. J'ai trop mal aux épaules, seul lot de consolation : à chaque fois que je passe devant un paysage ou une image qui m'a marqué ce matin, je me dis : « ça ce ne sera plus à passer ». Effectivement l'orage commence à tourner sur l'Etna et les gros nuages s'amoncellent, j'enfile les habits de pluie au cas où ça tomberai plus vite que prévu. Le vent s'est mis à souffler, et ça c'est pas de la tarte à supporter. J'avance à mon rythme, et la partie des lacets tant redoutés est passée mais que ce fut dur pour les jambes, j'ai souffert en silence, mais j'ai souffert !!! J'arrive à l'observatoire Pizzi Deneri à 16h30 en ayant conscience d'avoir fait le plus dur de l'ascension, pas le temps de faire une pose, je dormirai mieux cette nuit. Ça monte encore mais c'est moins raide, je me trouve à 3000m au niveau de la piste qui contourne les cratères sommitaux, je suis totalement cramé en marchand au radar et en posant un pied devant l'autre sans réfléchir. Tiens, voilà l'endroit où j'ai dormi la nuit dernière, bon ben là j'ai quand même bien avancé sur le trajet du retour, ça me mets du baume au cœur.


    Je suis tellement en vrac qu'à 17h00 je décide d'arrêter là pour aujourd'hui et je me trouve un petit coin un peu abrité pour planter la tente dans le sable noir. Même avec les gants, j'ai les doigts congelés, et puis ce vent il pourrait décorner un taureau !!! J'arrive quand même à installer la tente à peu-près correctement, je prends aussi la précaution d'attacher toutes les ficelles aux arceaux, de bien faire tendre les ficelles extérieures et de faire tenir les sardines avec de gros blocs de laves.

    Je m'installe vite à l'intérieur pour me réchauffer un peu, ça ne sera pas du luxe !!! Je fais péter le pull-over et tout ce qui va bien, car je crois bien que je me suis attrapé froid sur la digestion aujourd'hui, mal au ventre comme un début de gastro-enterite. Inspection sanitaire des pieds car ils ont eu le temps masserer depuis 2 jours !!! Avec une belle ampoule au doigt et un ongle plus ou moins en sang mais qui ne me fait pas bien mal, j'ai aussi les lèvres gercées pas possible. Je suis tellement crevé que je me repose ½ heure avant de manger, je ne peux même plus me tourner tellement j'ai les épaules détruites, faut dire que j'ai fait une ascension express cet après-midi. Je me fourre dans le duvet pour me réchauffer à partir de 18h00 et la nuit qui commence à sérieusement arriver. Le vent souffle de plus en plus fort par rafales, pour l'instant la tente tient bien le choc, il me semble que le vent vient du sud.

    Il est 19h00, je me réveille, je devines des éclairs de partout dans le ciel, je n'ose pas sortir pour juger de l'état du ciel, c'est quand même bizarre car il y a des éclairs mais pas de tonnerre … et toujours du vent par bourrasques. Ces éclairs sont plutôt au nord de l'Etna. Là ça ne rigole plus, la situation devient sérieuse et il est hors de question pour moi de paniquer, je coupe le portable pour avoir le maximum de batteries en cas d'urgence. Restons calme et lucide, jugeons des risques possibles : éruption du volcan ? pas de crainte ça ne risque rien dans l'immédiat ; le vent trop violent ? je peux toujours remettre les sardines ; tempête et orage ? je ne pense pas que ma tente attire la foudre (quoique avec les arceaux en fibre de carbone …) ; la pluie diluvienne ? c'est le pire des scénarios car si le double toit trempé touche la toile de la chambre et bien c'est l'inondation dans la tente assuré. Bon, pour résumer cette nuit risque de ne pas être si terrible que ça, au pire humide. Il fait 08°C dans la tente, et pas bien faim, je me recouche. Et ce qui devait arriver, arriva, la pluie commence à tomber à 21h00, mince !! La chambre est un peu mouillée au niveau de mes pieds, heureusement que la pluie ne dure que 10 min et les éclairs ont l'air de se calmer, mais pas le vent. Je décide de rentrer mes chaussures qui sont pour l'instant dans l'avancée de la tente. Le vent redouble d'intensité, j'ai bien peur que la tente ne va pas résister si ça dure trop longtemps, quoique la météo en haute montagne ça peut aller très vite (dans le bon sens comme dans le mauvais …). A 22h00 la pluie remet ça et le vent à l'air de s'être calmé car ça fait beaucoup moins de bruit et j'entends de nouveau l'orage, à moins que ce soit le volcan … La chambre commence à être bien trempée et c'est un véritable déluge qui s'abat sur l'Etna … et sur ma tente !!! C'est incroyable !!!

    La pluie fine passe entre le double toit et la chambre, il pleut dans la tente !!!!!! C'est maintenant de la folie, la pire nuit que je vis sous une tente, et puis les nuits sur les volcans je vais en faire une collection … 22h30, je range tout ce qui peut l'être dans le sac et je couvre ce dernier avec sa housse anti-pluie, mon duvet est trempé à l'extérieur (dedans c'est encore sec) et moi avec. Je me roule en boule et je suis obligé de m'abriter la tête et le duvet sous ma veste en gore-tex. Non mais c'est fou, c'est démentiel, c'est incroyable, et si ça ce trouve toute la nuit à passer comme ça !!!!! A mon retour à Saint Martial, quand je vais leur raconter tout ça, personne ne va vouloir me croire !!!!! Je suis au milieu de la tente en boule, il pleut un tout petit peu moins et le vent remet ça vers 23h00 en fouettant les toiles de la tente !!!!! Tout est trempé dedans, le duvet est rincé. Je me suis maintenant couché sur le sac mais j'ai trop mal dans cette position. Ils ne s'étaient pas trompés à la météo ce matin !!!! Trempé pour trempé. Je crois bien qu'un côté de l'avancée de la tente s'est décroché à 00h00. J'ai de plus en plus mal à la hanche à force d'être en position couché sur le côté, Je me demande comment je vais bien pouvoir faire demain matin pour tout ranger et partir redescendre vers Sapienza. Vers 00h30 il ne pleut plus et les orages ont cessés mais le vent remet ça de plus belle … j'ai l'impression que la tente va se disloquer car elle est complètement détendue et trempée comme une soupe. J'ai vraiment besoin de dormir mais comment faire dans ces conditions extrêmes ? Je sais même pas si je vais pas annuler ma suite du voyage vers les îles Éoliennes … Avec ce vent qui s'engouffre dans la tente, j'ai suspendu la veste en gore-tex à l'anneau en haut de la tente pour qu'elle sèche un peu.

    10°C, et il me reste ½ litre d'eau pour cette nuit et demain donc pas le choix, demain faut que je rentre sur Sapienza. Une petite faim nocturne me prend au ventre, je m'entame le sachet de nouilles au basilic, un régal !!! Je pense que le plus dur est passé, enfin j'espère … Pour écrire mon carnet de voyage heure par heure, je le fais à la frontale dans le duvet. De 01h00 à 02h00 je réussis à dormir un peu, je devrai dire à somnoler un peu, car je me mâche trop le cul et le dos, c'est vraiment pénible, car j'ai comme l'impression que l'autogonflant est à plat. Je vérifie la valve, elle est fermée, j'ai compris il est crevé !!! … Et voilà une deuxième salve de pluie qui tombe, de quoi bien tout finir de tremper … Je m'endors jusqu'à 04h00 avec la pluie et le vent en continu, mon seul espoir : que ça se calme au petit matin. Je me rendors jusqu'à 05h30, avec le cul haché menu à dormir sur le sable direct. Vers 06h30 je commence à avoir froid dans le duvet, surtout au niveau des jambes et des fesses, évidement il n'y a plus d'isolation avec le sol, sans compter que je commence à sentir l'humidité dans le duvet, ça daille si en plus c'est mouillé à l'intérieur. Comme je l'espérai, les conditions climatiques se sont calmées, juste un petit peu de vent par rafales mais c'est incomparable avec cette nuit, c'est du vent normal quoi !!! Je me tâte : je démonte tout maintenant tant que la météo paraît clémente mais il ne fait pas bien jour ; ou j'attends encore un peu que la luminosité du jour arrive tout en risquant de nouvelles averses ?