05 juillet


le trajet d'aujourd'hui : Askja, F88, Parc National de Jökulsárgljúfur .


  • Le soleil me réveille dans le 4x4, il est 09h30 je viens de dormir comme un bébé pendant 4 heures, ça m’a fait un bien fou. Je réalise à peine ce que je viens de vivre cette nuit !!! Je sors dehors pour prendre la température il fait 14°C, je me change pour me mettre en tenue légère, si j’avais pu avoir ce temps hier … J’ai comme l’impression de marcher au ralenti dans cette immensité de désert. Je ne sens toujours pas le bout de mes doigts, peut être ont-ils gelés quand j’ai creusé dans la neige pour faire l’igloo ? Je me nettoie les mains et la figure car je sens le souffre à 10 mètres et c’est pareil pour mes habits d’hier, ils puent le souffre comme c’est pas permis !!! Va falloir que je me lave tout ça. La préparation du petit dèj en bord de piste m’occupe pendant 5min, je le fais bien copieux façon de bien me caler la brioche avec une double ration de muesli et de confiture.

    Les gardiens du refuge d’ Herðubreiðarlindir s’arrêtent pour me souhaiter bon appétit et me demander si tout va bien, ok c’est bon pour moi, je ne leur dis rien de cette nuit …

    Il est 10h30, je prends la direction du volcan Herðubreið, je ne peux pas le louper il est visible à 100km à la ronde, cet immense dôme de 1700m de hauteur est un volcan en table de palagonite, il est endormit contrairement à Askja distant de 30km. Des criminels rejetés par la société islandaise ont autrefois élu domicile dans la vaste plaine qui s'étend aux pieds du Herðubreið, donnant alors son nom au désert Odadarhaun, en français « Désert des Crimes », le plus connu d’entre eux le proscrit Fjalla Eyvindur (Eyvindur des montagnes) vécu au pied d’Herðubreið pendant plus de 20 ans jusqu’à sa mort en 1783, il y passa un hiver qui fut d’après ses dires la pire époque de son long exil, sans bois, donc sans feu ni eau chaude et contraint de se nourrir de viande de cheval crue . En raison des falaises friables ceinturant en totalité la montagne, elle ne fut gravie pour la première fois qu'en 1908.

    Je passe devant le refuge et juste après je trouve un gué assez grand, j’en profite pour faire la lessive de tous mes habits d’hier, je mets tout à tremper tennis compris et je me trouve une grande dalle de lave que j’utilise comme planche à laver. Pour nettoyer le tout je passe bien plus d’1 heure à frotter avec mon savon de Marseille mais l’odeur de souffre est tenace heureusement la terre s’en va facilement, des italiens passent par là et se marrent en me voyant, bah c’est de bonne humeur.

    Alors que je frotte je subis une attaque en règle de moucherons simulis, vite la moustiquaire !!! Résultat il est 13h30 mais il fallait en profiter avec le soleil, ça va sécher vite, enfin je pense et je pend toute ma lessive sur la banquette arrière du 4x4, j’accroche les chaussettes et le tee shirt aux vitres, … Passage du gué, je suis obligé d’y aller pieds nus pour sonder le fond, purée qu’elle est froide !!!!

    Ensuite 2ème gros gué, j’y repart pieds nus, impossible j’en ai marre du froid, je fais 1/3 du lit de la rivière et demi-tour j’en peux plu. Je vais tirer tout droit avec le 4x4, on verra bien si je pique du nez … C’est bon ça passe.

    Je longe la Jökulsá á Fjöllum, on dirait que c’est la rivière qui a arrêté net la progression de la lave, le sol est recouvert de scories noires on dirait des champs agricoles en hiver pas encore travaillés ni semés.

    La piste est mauvaise et la tôle ondulée se fait sérieusement ressentir.

    Je quitte enfin le désert et la F88 en croisant le cratère Hrossaborg formé par une explosion phréatomagmatique, le magma en remontant a rencontré une nappe phréatique qu'il a instantanément vaporisée. L'explosion des gaz a pulvérisé les roches environnantes et a formé le cratère de cendres. Je quitte la F88 à 17h00 pour reprendre la N1 et retrouver un semblant de civilisation.

    Le vent souffle toujours autant, il fait 17°C, je m’embarque sur la F862 direction Dettifoss, sur une petite piste entourée de prairies vertes où les moutons se régalent, je retrouve aussi mais amis les sternes arctiques, les courlis et les bécassines. Mais la verdure ne dure pas bien longtemps c’est de nouveau le désert, cette piste est classée F mais je croise pas mal de voitures de tourisme (beaucoup de Yaris), elle est tout à fait praticable en roulant doucement et en faisant attention.

    J’arrive donc à la cascade Dettifoss, je pensais qu’elle ferait bien plus de bruit que ça en arrivant par contre elle m’accueille avec un arc en ciel au dessus de la falaise, les embruns sont très forts ils remontent jusqu’en haut !!! Ce qui me vaut d’être à nouveau trempé …

    La cascade Dettifoss est la cascade la plus puissante d’Europe avec 500m³/s sur seulement 45m de hauteur !!! Il y a un sacré bouillon elle mérite bien sa réputation. On aperçois le début du canyon de la Jökulsá á Fjöllum au nord et toujours Herðubreið à près de 100 km d’ici.

    Dettifoss marque le début du Parc National de Jökulsárgljúfur qui s’étire vers le nord sur 150 km² tout le long de la vallée de la Jökulsá.


    Je continue par le site d’Hljóðaklettar en bordure de la Jökulsá, ce sont d’immenses rochers et de falaises entièrement constituées d’orgues basaltiques, c’est très impressionnant dans un site splendide, je suis tout seul à me promener parmis ces formations basaltiques, c’est très bien fléché.

    Toutes ces formes me font penser au musée Guggenheim de Bilbao, ha oui oui c’est très ressemblant vu d’en haut.

    Je croise un jeune avec son sac à dos, il fait le treck Asbyrgi/Dettifoss. Je ne comprend pas comment je peux être tout seul ici, pourtant ça vaut vraiment le coup d’œil, j’en reste baba !!! La Chaussée des Géants en Irlande du Nord à côté d’ici c’est des petits joueurs !!!! Vu l’heure je ne veux pas me coucher trop tard ce soir pour rattraper le manque de sommeil de la nuit dernière, je verrai le site d’Asbyrgi demain. Je reprends la piste pour traverser les champs de bruyère et de bouleau, c’est fou la végétation qu’il y a ici par rapport au reste de l’île, je pense que c’est dû à la Jökulsá á Fjöllum qui engendre un microclimat favorable.

    Je me trouve un petit coin bien sympa avec vue sur la mer et sur le soleil de minuit (le ciel est dégagé, pour une fois) au bord d’un pré avec des chevaux islandais et une grosse faille à proximité, faudrait pas qu’elle s’ouvre un peu plus cette nuit, sinon la tente va tomber dedans !!!!!!!!! Je fais un peu de rangement dans le 4x4 et je fourre toutes mes affaires sèches dans mon sac, cette lessive de ce matin est tombée le bon jour avec ce soleil, même mes tennis sont secs, faut dire aussi que je les ai mis toute la journée sur le tableau de bord plein fer contre le pare brise. Ce soir c’est couscous/hareng fumé, je crois que je vais boire cette nuit …

    Je trouve qu’il fait assez frais ce soir malgré les 10°C, j’enfile le jean’s et le col roulé, même dans la tente j’ai frais, ça doit être mon corps qui réagit comme ça depuis hier soir !!!! Je me fais encore attaqué par ces fichus moucherons, pourtant c’est pas le climat idéal pour eux, ça doit être des moucherons arctiques, par contre c’est la première fois que j’ai de la rosée qui s’est déposée sur ma toile de tente. Je profite de mon 1er soleil de minuit depuis que je suis arrivé, car tous les soirs c’était couvert jusqu'à aujourdhui.

    J’ai le temps ce soir, il faut impérativement que j’écrive au moins la moitié des cartes postales (c'est-à-dire 9).