le trajet d'aujourd'hui : Rossbeg, Mount Errigal, Letterkenny, Derry, Magilligan.


  • Ce matin le ciel est couvert, mais il fait déjà chaud dans la cuvette où nous sommes installés, apparemment il doit y avoir d’autres trous dans le matelas car il est de nouveau à plat, ça va être notre lot quotidien chaque matin jusqu’à la fin du voyage. On se fait un bon petit dèj car aujourd’hui c’est grosse journée avec la dernière ascension du voyage : le mont Errigal, et la visite de Derry pour cet après midi. Nous décollons du camping à 09h30, il n’y a personne sur la route et es villages se font rare par ici, et oui nous sommes dans le Donegal. Au loin nous apercevons une montagne grise posée au milieu de nulle part, il n’y a rien d’autre autour, c’est très étrange comme paysage : c’est le mont Errigal. 750m de hauteur, la pente à l’air très raide, dans le guide vert il est mentionné un petit parking en bord de route, impossible de le trouver, il faut absolument qu’on s’y arrête car c’est le départ de la rando. Rien a faire et pourtant nous sommes sur la bonne route !! Et puis nous remarquons un petit terre plein pas très entretenu, c’est obligé ça ne peut être que ça le parking mentionné, aucune voiture n’est encore là, on va inaugurer le mont Errigal pour cette journée. Ça à l’air de grimper sec là aussi, dans le style de Croagh Patrick pas un brin de végétation, du vent, des cailloux et une forte pente.

    On chausse les chaussures de rando, quelques paquets biscuits dans le sac, de l’eau et c’est parti pour 5 heures a/r sur le mont Errigal. Au début aucun chemin n’est balisé, même pas marqué au sol, rien il faut arriver à passer entre les tourbières, les zones humides et les fossés pour rejoindre l’arrête de la montagne qui indique le début de la montée véritable. Attention où on met les pieds, on peut vite se retrouver les chaussures bloquées dans la tourbe et prendre l’eau de partout.

    Après plusieurs zigzag à travers les prairies humides nous voilà sur le dur, le bon vieux cailloux, au moins ici on ne se trempera plus les pieds.

    Le paysage s’agrandit devant nos yeux mais pas un arbre à l’horizon, nous sommes sur une montagne seule plantée au milieu des tourbières, des lacs et des cailloux, c’est magnifique.

    Je me demande bien si Christophe ne prend pas trop de peine pour monter, cette fois ci nous n’allons pas trop vite, en plus ça grimpe bien depuis quelques minutes. Cette rando est très belle, parfois nous longeons le ravin, parfois nous sommes sur la crête, parfois au milieu de replats de cailloux et le paysage qui s’agrandit de minutes en minutes,

    quelles vues splendides, qu’est ce que ça va être là haut !!! Christophe est décidément en meilleure forme par rapport à la journée de Croagh Patrick, pas un signe d’inquiétude et pourtant ça grimpe fort.

    La dernière partie de l’ascension est moins pentue mais alors quel vent sur la crête qui mène au sommet !!!

    Nous arrivons il est 13h00 et la vue à 360° est époustouflante !!! Sur tout le comté du Donegal, jusqu’en Irlande du nord et l’océan.

    Nous avons devant nous un des plus beaux panoramas du voyage, on se prend en photo au sommet et en voulant reculer pour rejoindre le Chris et Pask je m’entrave dans une pierre et Chris me rattrape au vol !! J’ai failli faire le chemin retour plus vite que prévu, l’appareil photo tien à peine sur le trépied tellement il y a de vent. Je reste toujours aussi ému devant ce paysage d’immensité, mais il est temps d’entamer la descente,

    nous croisons 2 anglais et c’est tout pour ce matin, nous sommes les seuls ici, y a pas intérêt à avoir un problème. A mi-descente on s’arrête dans un petit creux exposé au soleil à l’abri du vent, une petite pose gâteaux avant d’arriver à la voiture.

    Dans la partie basse en traversant les tourbières Christophe met son pied puis sa jambe dans un trou dissimulé sous des touffes d’herbe, quelle gamelle !!!

    Ses chaussures de rando ont morflées, le pied gauche est mort, la semelle baille tant qu’elle peut … Bien joué ça Christophe !!! Une fois à la voiture nous mettons tout à sécher au soleil sur une murette le temps qu’on se change et qu’on mange. Nous voilà repartis sur la route qui mène en Irlande du Nord, pas de frontière apparente et pourtant nous voilà dans la province anglaise sur le territoire de la République d’Irlande.


    Région écartelée depuis près d’un siècle, le conflit Nord Irlandais s'est résumé en une répétition, pendant près de trente ans, d'actes d'une violence extrême entre des éléments de la communauté nationaliste d'Irlande du Nord principalement catholique, et ceux de la communauté unioniste, principalement protestante. Pendant des décennies la population catholique subit une ségrégation de tous les instants de la part des unionistes, des groupuscules armés se formèrent dans les 2 camps et le terrorisme se mêla au conflit ethnique pour aboutir à une guerre civile entre catholiques pro irlandais et protestants pro anglais. Ce conflit débuta dans les années 1960 et se termina en 1998 avec les accords de Belfast, les chiffres restent impressionnants pour une population de 1.600.000 habitants sur 30 ans de troubles : 3 500 tués, 47 500 blessés, 19 600 emprisonnements, 37 000 fusillades, 16 200 attentats à la bombe ou tentatives, 2 200 incendies volontaires, 22 500 armes dérobées, pour l’année 1972 le triste record de 479 morts, en 2004 il y avait encore 2 morts, …Il est utile de rappeler que l’économie et la gestion de la région sont détenus par les unionistes et que les nationalistes se retrouvent dans les quartiers délaissés des villes…

    Donc nous voilà à Derry (dénomination nationaliste) ou Londonderry (dénomination unioniste), pour nous ce sera Derry (pour toujours). Une belle ville entourée de larges remparts, ici au 19ème s. une arrivée massive d’immigrants catholiques irlandais débarque. En 1900 les protestants sont devenus minoritaires. Mais un découpage soigneux des circonscriptions électorales et l’attribution sélective des logements publics ôtent aux catholiques toute chance de contrôler la municipalité. Le chômage reste très élevé chez les irlandais. Les conditions de logement, en particulier dans le quartier catholique du Bogside, sont parmis les pires du Royaume Uni. En 1968, la ville se soulève ; en 1969 se déroule la « Bataille du Bogside » ; et le dimanche 30 janvier 1972, c’est le « Bloody Sunday » (le dimanche sanglant) : une marche catholique de protestation interdite a quand même lieu. Dans de violents désordres qui s’ensuivent, les parachutistes anglais tirent dans la foule. 14 habitants sont tués. Dans les années suivantes, malgré un calme relatif, la séparation des quartiers s’accentue de plus en plus. Les protestants tentent de se retirer de la rive ouest de la Foyle et à s’installer dans le quartier huppé de Waterside, sur la rive est.

    En bas des remparts ce trouve donc le quartier catholique du Bogside, illustré par ses murals retraçant les divers événements de 1972,le mémorial de 1972,

    un pan de mur (après une explosion) est encore debout au cœur du quartier, il a été gardé avec l’indication très explicite : « You are now entering free Derry », on est sûr de ne pas se tromper, nous sommes bien dans un quartier catholique,

    les candélabres sont peints au couleurs du drapeau irlandais, ainsi que les bordures de trottoirs.

    Les murals du quartier sont régulièrement entretenus et une explication est donnée pour chacun d’entre eux,

    Les murals des Bogside Artists tiennent une place particulière dans le paysage nord irlandais. Les Bogside Artists, Kevin Hasson, Tom et William Kelly ont commencé à peindre dans le quartier du Bogside en 1994. Ce qui les différencie des autres muralistes est leur indépendance vis-à-vis des groupes politiques et paramilitaires. Le financement de leurs premières fresques s’est uniquement fait par donations des habitants du quartier. Plus récemment, ils ont réussi à obtenir quelques subventions à travers les fonds européens pour la paix. Ils ont à ce jour réalisé onze murals dans le Bogside à Derry. Ils ont appelé leur oeuvre, la Galerie du Peuple (The People’s Gallery), voici les murals des Bogside Artists :

    mais en se promenant dans des rues moins importantes du quartier, des murals sont plus vindicatifs !!

    Chris veut nous payer un coup à boire, malheureusement les pubs sont fermés, entre temps Christophe me chambre, je fais semblant de bouder pendant 1/2heure. Il est temps de chercher un camping pour la nuit, nous quittons Derry pour longer la côte, un camping est indiqué sur la carte Michelin à Magilligan à 25km de Derry. Impossible trouver ce fameux camping … on passe 10x sur la route et rien n’est indiqué, c’est pas possible. On s’arrête à un pub isolé dans la campagne et le bar man hyper sympa nous indique où il se trouve. Allé direction le camping, on va trop loin sur la route indiquée et on tombe au milieu du centre pénitentiaire de Magilligan (spécialement construit pour enfermer les prisonniers nationalistes) le camping est assez grand mais l’endroit spécifique pour les tentes est tranquille, des français s’installent à côté de nous. Après un bon repas la vaisselle se fait à l’eau froide… et comme on a trouvé le barman de tout à l’heure hyper sympa on part dans la soirée dans son pub s’envoyer 2-3 Guinness. Il y a bien peu de monde dans son pub et en plus il passe du catch à la télé, rien de bon passionnant. On fait la fermeture et on retourne au camping vers 01h00, demain sera en principe encore une bonne grosse journée.