09 juillet


le trajet d'aujourd'hui : Blönduós, F35 (route du Kjölur), Hveravellir, Kerlingarfjöll.


  • Je passe un très longue « nuit » (même si il fait jour tout le temps), je me réveille il est 02h00 du matin, je croyais qu’il était dans les 06h00 !! Le sommeil fût bon dans l’ensemble à part que j’ai été obligé de me mettre les bouchons aux oreilles, je ne pensais pas que la route Blönduós-Akureyri était si fréquentée la nuit. Mon portable sonne vers 07h30, c’est ma mère qui m’appelle, bordel elle a oublié le décalage horaire et oui il est 09h30 en France … bon c’est pas grave elle doit avoir des nouvelles pour ma carte bancaire. Elle a eu le centre financier de Bordeaux qui lui a dit : y’a pas de soucis mon compte bancaire est plein d’€uros, par contre ils ne savent pas ce que veut dire le sigle « EMV problem », ils me conseillent d’aller direct au guichet à l’intérieur de la banque leur expliquer et retirer manuellement de la tune avec la visa. Ils pensent que certains pays n’acceptent pas forcement la visa, même le modèle international (comme la mienne) mais quand même l’Islande c’est pas non plus le Bhoutan … Je vais voir ça tout à l’heure, faut que je règle ce petit problème aujourd’hui. Dans la tente il fait super bon, 20°C et mon double toit est recouvert de moucherons qui sont venus se suicider cette nuit !! Je tente une timide avancée dehors et le soleil est là bien présent à travers quelques nuages mais la température est toujours aussi fraîche : 10°C, le vent s’est calmé ce qui est très agréable. Je déjeune tranquille devant le lac où 2 cygnes chanteurs viennent faire trempette en compagnie des canards, j’ai tout mon temps car les banques n’ouvrent qu’à 09h15 ici. Depuis que je suis levé (en fait j’avais déjà mal cette nuit) j’ai un mal de dos terrible, peut être dû au terrain pas très plat et en plus en pente, je me prends un dafalgan pour calmer la douleur.

    Le pliage de la tente est impec car elle est sèche et je retourne à Blönduós, la banque n’est toujours pas ouverte alors je retente le coup au guichet automatique pour voir mais c’est toujours la même réponse. Tiens une idée : je vais aller prendre un peu d’essence à la station avec la carte, je vais bien voir si elle débite de l’argent. Je rentre la somme de 1000 isk et là pas de problèmes ça marche !!!!! Ouf je suis soulagé, ça ne vient pas de ma carte. En quittant la station je vois pas qu’il y a un rond point et je prends direct à gauche comme un anglais !!! J’espère qu’il n’y a pas de flics par là, car nos amis les bêtes sont toujours là quand on fait une connerie en voiture. Non c’est bon, la gendarmerie est juste à 50m du rond point, mais à part ça c’est bon … La banque est maintenant ouverte, j’entre dans l’établissement, la guichetière me reçois et je lui explique ma mésaventure, elle m’écoute attentivement sans me prendre pour un guignol étranger, je trouve ça très pro de ça part, elle pense que c’est le distributeur qui c’est mit en sécurité (comment ça ce fait qu’à Akureyri c’est pareil ?) bon bref, je lui donne ma carte d’identité et ma carte bancaire, elle vérifie mon compte sur son ordi, en fait la photocopie et revient avec l’argent que je lui avait demandé, ben c’est nickel ça !!!! (En fait, ce problème de carte bancaire refusée est tout nouveau, la décision des banques islandaises de bloquer les cartes bancaires étrangères ne date que de quelques mois pour lutter contre la fraude, des étrangers venaient en Islande avec de fausses cartes et retiraient de l’argent puis rentraient chez avec le liquide.). je retéléphone à St Martial pour les prévenir que mon problème est résolu. Je quitte Blönduós et 2 français font du stop pour Akureyri, je m’arrête et je leur propose de les avancer jusqu’au croisement de la F35, ils préfèrent faire la route directe en une seule fois, je leur souhaite bonne chance et une islandaise arrive et leur propose de les dépanner, c’est bien cool pour eux.

    J’arrive au croisement de la piste F35 qui commence par la vallée de Blöndudalur, une vallée verte très agricole avec de jolies parcelles aux formes diverses.

    Maintenant le soleil est bien présent dans le ciel sans nuages, il fait 16°C. Voilà la route asphaltée s’arrête là et une piste gravé en bon état prend le relais, c’est très agréable de rouler ici, si elle est comme ça sur toute la traversée du désert, moi ça m’ira, rien a voir avec la piste pour Askja. Non mais je rêve, c’est bien une 2CV au bord de la route ? !!! Mais oui, mais oui c’est bien ça !!!! Le type vient de se faire la route du Kjölur en 2CV, ha ouai ça c’est du sport !!! Le conducteur est en train de dormir sur la banquette arrière avec la porte ouverte, chapeau l’artiste.

    La végétation commence à se faire de plus en plus rare mais le paysage est parsemé de lacs aux couleurs bleu-turquoise de part et d’autre de la piste F35, quel régal de voir ces petites étendues d’eau au milieu d’un désert de cailloux avec 2 gros glaciers visibles au loin (le Langjökull à droite et le Hofsjökull à gauche).

    Maintenant j’entre dans le désert proprement dit, un désert de cailloux et de sable, bien différant du désert d’Odáðahraun (Askja) recouvert de lave et de pierre ponce. Cette piste est bien plus fréquentée que les F910/F88, je ne passe pas ½ d’heure sans croiser un 4x4, je suis déjà plus rassuré si je devais avoir un problème ici, d’ailleurs la présence d’un 4x4 se voit de très loin dans le désert, un épais nuage de fumée s’élève derrière le passage du véhicule, ça se repère de loin ça. Avec ce beau temps c’est idéal pour profiter de ce paysage lunaire, modelé par quelques vallons, buttes dans ce relief immense. Les 10 derniers kilomètres avant d’arriver à Hveravellir sont beaucoup plus pierreux, faut faire gaffe à ne pas se prendre un caillou.

    Et là, pinces moi je rêve !!! je croise un courageux (et je pèse mes mots) à pied !!!!! Avec un sac à dos aussi gros que le mien sur ses épaules, bordel qu’il doit souffrir. Il est torse nu et il en bave terrible, je m’arrête pour lui proposer de l’eau et savoir si il a une carte, c’est la moindre des choses, c’est bon il a tout ce qu’il faut, nous blaguons 5 minutes. Il est allemand et se fait la traversée du Kjölur à pied, il est littéralement décomposé et rouge comme une écrevisse et tout ce qu’il veut c’est d’arriver à Hveravellir pour se reposer dans les sources d’eau chaude naturelles du site, il me le répète 3 fois ça doit lui tarder !!!

    je lui souhaite bonne chance il reste 2 kilomètres de souffrance. J’en reste pantois, quelle leçon de courage, c’est fou !!! Surtout avec ce soleil qui tape dur même si la température ne dépasse pas 19°C. J’arrive à Hveravellir, je m’attendais à voir un petit village, mais rien de tout ça. Hveravellir se résume à un point I qui fait aussi office de station météo et qui vend de quoi se dépanner, un WC, un petit refuge, petit terrain enherbé pour camper et enfin un très beau champ géothermique tout en pente douce avec une multitude de sources chaudes, ce qui donne au site cette impression de minuscule tache verte au milieu d’un désert immense de pierre et de glaciers. Cette surface n’est vraiment pas bien grande, à peine 100m de long sur 40m de large à tout casser.

    Par contre il y a pas mal de touristes avec 3 bus de garés sur le parking et quelques 4x4. Il est 12h30 je vais manger ici, je me prépare mes sandwichs habituels et je m’éloigne du site à pied dans les champs de lave coupé de la civilisation avec vue sur l’infini devant moi. Le vent porte cette odeur de souffre (toujours le fameux sulfure d’hydrogène) qui vient du site. Mais qu’il fait bon, cette douce chaleur venue de ce splendide soleil, je mange tranquillement, on a le temps aujourd’hui.

    Je pense aussi au type à pied croisé tout à l’heure, c’est tellement agréable que je ne résiste pas à piquer un somme, j’enlève mes chaussures, le col roulé et je m’étends dans l’herbe et la mousse pendant ¾ d’heure avec ce léger vent sur la vaste plaine. Chapeau vissé sur la tête je resterai bien des heures, c’est énorme de bonheur et de sérénité.

    Il y a toujours autant de monde sur le site à 400 mètres derrière moi, je les laisse à leur arrêt minute, au loin on voit où passe la piste F35 à travers les dunes, un nuage de poussière s’envole doucement. On se sent un peu coupable de je ne sais quoi quand on voit des gens traverser l’île en 2CV, à vélo avec de grosses sacoches de chaque côté, ou même à pied avec un sac de 20kg sur le dos … et à côté voir nos putains de 4x4 leur envoyer autant de poussière à la gueule et pour certains avaler le plus de kilomètres possible de piste dans le désert en une seule journée sans s’occuper du paysage exceptionnel et unique qui nous entoure, honte à nous quand même … Même si je me fais un devoir de respect en ralentissant quasiment à l’arrêt quand je croise ces personnes à pieds ou à vélo, cela n’enlève en rien à notre position d’acheteur/consommateur de paysage et de territoire. Je respecte et j’admire profondément ces personnes d’autant plus que peu de monde serait capable ou aurait le courage de faire ce qu’ils font. Et que dire de tous ces cars qui charrient leur flot de touristes (dont je fais sûrement parti à mon niveau) pendant 5 minutes le temps de prendre la photo, comment comprendre ces gens qui seront les 1er au retour de leurs congés à se venter devant tout le monde d’avoir fait tel ou tel pays rien que pour en mettre plein la vue (d’avoir été dans tel ou tel pays serait en plus un meilleur terme, car faire un pays ça fait vraiment acteur de la société de consommation, pitoyable …), car se faire loger dans un hôtel tout confort, repas servi à heure fixe au resto, se faire traîner dans un bus climatisé tout confort aussi, être pris en charge 24/24h : c’est ça qu’on appelle voyager et se former ? Inconcevable des vacances–voyages comme cela, même si je n’ignore pas non plus que ça fait tourner aussi l’économie locale. Et tous ces bus qui se suivent dans tous les sites répertoriés dans tous les guides où tout le monde se retrouve alors que 10 km plus loin si ça se trouve un autre site mal connu sera 10x plus exceptionnel, pour exemple la cascade Svartifoss de Skaftafell connue de tout le monde, et à 60 km avant cette cascade non indiquée où j’ai mangé un soir (29 juin), entre ces 2 j’ai vite fait mon choix. Et dire que c’est partout pareil … on passe peut être à côté de bien belles choses, assurément. Mais en attendant que tout cela change (utopie, …). J’essaie de mon côté de profiter un maximum de tout ce que je vois, j’entend, je respire, je touche (même si j’ai encore les bouts de doigts engourdis d’Askja …), essayer de comprendre ce qui m’entoure, être curieux de tout, c’est comme un jardin ça se cultive (dixit Voltaire) et de voyager le plus intelligemment possible. S’il est vrai que j’ai loué une voiture, puis un 4x4, qu’avec je roule un peu, parfois beaucoup. C’est il me semble le seul luxe que je m’offre pour me faciliter la vie dans un voyage itinérant, car je le reconnais je ne suis pas un grand adepte de l’auto-stop (ah !! Si j’avais les cheveux longs, une forte poitrine et une minijupe !! J’avancerais sûrement plus vite … j’ironise bien entendu), sans compter que les bus ne passent qu’une fois par jour à certains endroits, même parfois ne relient pas des sites trop isolés. Il faut bien avouer que louer une voiture facilite grandement le déroulement d’un voyage. Allé je m’arrête là sinon je ne vais plus avoir assez d’encre dans le stylo.

    Je reviens sur le site de Hveravellir, il y a une piscine naturelle refroidie par un peu d’eau froide pour pouvoir se baigner.

    C’est curieux toute la surface des pierres du lit de la petite rivière sont blanches (dépôt de silice sûrement, c’est pas ça qu’on appelle des concrétions de geyserite ?), voir bouillir de l’eau en plein désert, quoi de plus normal ? Toues ces sources chaudes de multiples formes, couleurs, profondeurs qui bouillonnent différemment, c’est un véritable concours d’originalité. Comment la nature a bien pu faire aussi bien les choses ?

    Non mais c’est bien des moutons qui sont là au milieu du désert !!!

    Et là on dirait un atoll polynésien, fantastique !!

    Et ce monticule qui fume en sifflant à tout va, la cocotte minute à plein régime !!!

    Tous ces phénomènes me laissent baba. Il est 16h30, je m’en repars sur la F35 et direction le massif montagneux des Kerlingarfjöll que j’aperçois au loin. J’ai comme l’impression que plus je me rapproche du glacier Hofsjökull et plus il s’éloigne.

    Au détour d’un virage sur la piste il y a une clôture dans le désert qui part pour l’infini, à quoi sert-elle ? Celui qui l’a installé était bien courageux …

    J’arrive à un très beau point de vue sur les Kerlingarfjöll avec cette immensité de désert vers le nord, ces montagnes beiges recouvertes de neige posées sur un vaste plateau désertique, c’est saisissant. A l’approche du massif montagneux les prémices de la végétation apparaissent avec un peu de mousse, de saules arctiques rampant sur le sol font un tapis légèrement vert par terre et quelques points d’eau par ci par là.

    A l’intersection de la F35 et de la F347 (menant aux Kerlingarfjöll), un islandais en 4x4 me demande un truc, je vois bien qu’il est bien embêté mais je ne comprend pas un mot de ce qu’il me dit, si seulement il pouvait parler un peu anglais. 2 autres 4x4 arrivent et lui parlent, un des 2 conducteurs appelle avec son portable (je suis stupéfais, il capte ici ?), il devait avoir un problème avec son véhicule, merde j’ai pas compris, ça craint j’ai dû passer pour un idiot qui voulait pas l’aider …je m’engage sur la petite piste F347, elle est correcte avec un 1er gué à franchir très facile car c’est juste un filet d’eau, le 2nd gué est bien plus conséquent et le 4x4 est obligatoire,

    attention juste après le pont la piste fait une pâte d’oie et il faut prendre à gauche car c’est pas indiqué. Encore 1 gué et j’arrive au site des Kerlingarfjöll (pratiquement au centre de l’Islande), un petit écrin de verdure longé par une rivière (la Jökulfall), c’est idyllique. plus isolé q’ici je vois pas, on est à 80km du 1er village au sud et à 140km de la 1ere ferme au nord … sans compter que l’altitude du camps de base est à 700m environ, ce dernier est une ancienne école de ski composée d’un chalet principal (cafétéria et sanitaires), de quelques petits chalets (8 je crois) à louer et d’un petit pré servant de terrain de camping au bord de la rivière, évidement pas d’électricité ici c’est un groupe électrogène qui assure l’alimentation des chalets.

    Il n’y a pas grand monde ni aux chalets ni au camping (7 tentes et 3 caravanes équipées tout terrain par des islandais), je vais à la réception au chalet principal, la dame qui le tient est très sympa. Une fois installé la tente, pour me décrasser les jambes des secousses de la F35 je vais me promener le long de la rivière dans un petit canyon et bien sûr je mets le pied dans l’eau en glissant … pour arriver à une source d’eau chaude où on peut se baigner dans un cadre unique au fond du canyon.

    Je termine par l’ascension de l’Asgarðsfjall (919m) qui donne une très belle vue sur le désert et un joli panorama sur le massif des Kerlingarfjöll,

    je redescends il est 20h00 et le vent s’est levé, 20°C toujours et pas un nuage à l’horizon. Tiens je repère des nantais (44) dans le camping. A Mývatn je devais avoir une invasion de moustiques et je n’ai rien eu et ici en plein désert au pied d’un massif montagneux où il ne devrait en principe pas y avoir âme qui vive on en est envahit, je passe toute la soirée avec le moustiquaire su le pif !! 21h00 je fini mon repas, ce fût bien bon : purée saucisses, et le dessert du Skyr nature mélangé au reste de confiture abricot + muesli le tout mélangé et bien c’est énorme (je vais soumettre ma recette à Skyr), comme avant-hier non ? C’est une nouveauté les repas qui se suivent et qui se ressemblent à l’auberge itinérante « chez Régis » … Ce camping me fait penser à celui d’Aviemore en Ecosse y’a 4 ans près du loch Morlish où on avait fait la connaissance des midges … les moustiques/moucherons d’ici sont bien moins embêtant que les midges mais ils sont chiant quand même, ils ont la fâcheuse tendance à aller roder autour de ma tête et essayer de rentrer par tous les orifices (oreilles, bouche, nez, …) et ils sont tenaces car aussitôt chassés ils reviennent à la charge. Pour faire la vaisselle au cabanon plus que rudimentaire à l’eau glaciale je n’ai pas pris la moustiquaire, quel oubli cruel !!! La vaisselle me prend 5 minutes et bien c’est 5 minutes de galère absolue à chasser les moucherons, je suis la proie facile. En plus en frottant ma gamelle je me suis mis du gris d’alu plein les mains …

    je reviens à la tente en vitesse, tranquille je lis un peu Marianne et le guide Gallimard , il est 22h00 et la température est tombée à 13°C, quelques nuages apparaissent et la cuvette du camping est maintenant à l’ombre, je vais pas tarder à aller dormir car demain c’est grosse journée rando dans le massif des Kerlingarfjöll si il fait beau, je me fais une petite tisane, et hop au dodo.