10 juillet


le trajet d'aujourd'hui : Kerlingarfjöll, ascension du Fannborg.


  • Nuit pas terrible, j’ai eu la sensation d’avoir eu froid par moments et toujours ce fichu mal au dos au réveil. Je me lève à 08h00 et il fait 08°C dans la tente, le ciel m’a l’air bien dégagé avec quelques nuages ça et là mais le soleil est lui caché par un bon gros nuage, le vent est très faible. Je m’inquiète des quelques gouttes d’eau qui se trouvent sur la toile intérieure de la tente (la chambre), j’espère que ce n’est pas un problème d’étanchéité. Je me prépare un petit dèj bien plus copieux que d’habitude, façon de bien se caler la brioche pour aujourd’hui. Le temps de tout préparer pour la journée avec les sandwichs, des sachets de thé qui trempent dans la gourde, des piles de recharge pour le numérique et de quoi s’habiller, il est 09h15 quand je pars. J’ai mis un pantacourt pour marcher mais le fond de l’air est frais. Hier j’ai récupéré un petit plan dépliant à l’accueil avec tous les randos à faire sur le site des Kerlingarfjöll et je m’aperçois que ce document était payant (200 isk), mince je me suis servi comme ça, tant pis c’est fait c’est fait. La rando commence par longer une longue crête qui surplombe la rivière où j’étais hier soir, malgré le ciel relativement dégagé le soleil reste caché derrière un gros nuage immobile.

    La marche n’est pas très dure car ça monte en pente très légère le long et sur les névées, bordel je m’étais promis de ne plus jamais marcher sur des névées depuis le périple d’Askja, bon c’est vrai aujourd’hui je ne suis pas en tennis, j’ai pris les chaussures de rando… je suis entouré de hauts sommets mais le paysage tant réputé des Kerlingarfjöll ne me saute toujours pas aux yeux, je ne me serais pas trompé de rando dans le massif ? Surtout nombre de piquets indicateurs sont cassés ou couchés.

    Et puis arrivé à l’embranchement de la rando 2 et 4, d’un seul coup je tombe nez à nez avec une paysage indescriptible, comment dire … les mots me manquent, je tombe limite à la renverse tellement c’est grandiose, j’ai jamais vu ça de ma vie !!!!!!! Un mélange de couleurs pastel, des fumeroles dans tous les sens, cette ocre qui domine les collines, un peu de mousse verte, le blanc des névées, le bleu gris de la rhyolite, le scintillement de l’eau des ruisseaux. Non c’est pas possible je dois rêver du paradis terrestre … je reste sur place pendant 10 bonnes minutes à contempler tout ce qui m’entoure.

    Il ne manque plus que le soleil pour relever encore plus les couleurs. Evidement l’odeur de souffre est au rendez-vous, plus j’avance dans ce cadre et plus ça devient inconcevable de beauté, a se demander si les couleurs et les reliefs ne sont pas artificiels… J’entends un grondement, tiens c’est l’orage qui monte, dommage il va falloir soit revenir au camp ou subir une bonne averse, ha mais non !!! C’est en fait une énorme marmite de boue qui fait ce bruit !!!!

    Un gros dilemme ce pose à mon esprit, je ne sais quel chemin choisir tellement c’est énorme, sans compter que je suis tout seul dans tout le massif des Kerlingarfjöll. Allé je tourne sur le chemin n°7, dantesque !!! Je traverse une petit ruisseau sur un caillebotis, l’eau est bien à 30°C, ce qui m’impressionne aussi c’est qu’on peut trouver des solfatares et des fumerolles qui font monter la température du sol à au moins 80°/90°C et à 1m à côté une grosse névée à 0°C !!!! Je trouve ça génial comme contraste. Et que dire aussi de la fréquentation du site : je suis tout seul à rester pantois ici dans ce site aussi exceptionnel. C’est tout simplement déroutant, j’y reste jusqu’à 13h00 sur ce grand champ géothermique, à déambuler au grès du vent entre les petits vallons, sur les flancs de montagne, ça fait bien longtemps que mon appareil photo est rentabilisé !!!!! Le Fannborg est toujours visible avec sa forme si caractéristique, le sommet est plat. C’est complètement fou on se croirait sur Mars ou dans un paysage de Star Wars, le seul soucis qui me gâche un peu la journée c’est l’avalanche de moucherons qui m’assaillent dès que je m’arrête, des moucherons ici, non mais faut le vivre !!!

    Si je faisais l’ascension du Fannborg, elle n’a pas l’air très longue mais assez raide apparemment, on doit avoir une superbe vue de là haut. Je quitte le site géothermique et 3 gros 4x4 arrivent par la petite piste qui va au camp, c’est le bon moment pour déguerpir et rester seul dans ce monde féerique. Je prends la piste n°9 jusqu’à un petit point de vue, le soleil tente des percées assez convaincantes pour enfin éclairer tout le massif des Kerlingarfjöll, il ne manquait plus que ça pour être aux anges.

    Sur le plateau le sol est jonché de morceaux d’obsidiennes (de la lave vitrifiée, pierre semi-précieuse), j’en ramasse quelques pierres ça ma fera un super souvenir. Il est 14h00 je me mets à l’abri du vent et des moucherons pour becter car l’appel de l’estomac commence à arriver. Un invité de marque vient se mêler au paysage de manière définitive c’est : le soleil.

    Une fois bien calé de mes sandwichs, c’est parti pour le début de l’ascension du Fannborg, le 2ème plus haut sommet des Kerlingarfjöll avec ses 1448m. Je l’attaque par la crête ouest, c’est une ascension uniquement dans la caillasse avec 2/3 névées à traverser mais rien de bien méchant surtout que le chemin est bien visible.

    A mi-ascension un vent terrible se lève, à en perdre l’équilibre sur le flan de la montagne, heureusement que j’ai les lunettes de soleil pour ne pas avoir ce zef dans les yeux, je quitte aussi mon col roulé car on dirait pas mais le fait de monter on attrape vite la chaleur !!! Le paysage devient de plus en plus vaste surtout du côté ouest. L’ascension est assez rapide et j’arrive au sommet à 15h30 avec le soleil et le vent, il fait 14°C. J’ai une vue spectaculaire à 360° sur tout le massif des Kerlingarfjöll, le désert intérieur d’Islande, le glacier Hofsjökull, le trio de sommets vers l’ouest : l’Höttur, Ögmundur et Mænir ; le Loðmundur au nord, … c’est grandiose. Il y a encore beaucoup de neige sur les parties superieures des sommets. C'est bien pratique ce sommet tout plat et bien large, le sol est recouvert de morceaux d'obsidienne.

    Un truc me chagrine, le ciel commence à se charger de gros nuages noirs vers l’ouest et avec ce vent de fou furieux ça risque d’arriver plus vite que prévu donc je ne vais pas traîner en haut. La descente se fait rapidement et pour le retour je vais repasser par le chemin de l’aller au milieu de la zone géothermale, avec le soleil ça doit rendre encore plus au niveau des couleurs.

    Effectivement c’est presque irréel, je ne m’en lasse toujours pas et les ocres de tout à l’heure sont orange vif maintenant, on se croirait dans un tableau impressionniste.

    Bon je ne traîne pas car le temps se gatte, de nombreux nuages noirs arrivent du sud avec un mur de poussière qui couvre le désert, je me presse de plus en plus. Une galère à Askja ça m’a servit de leçon (04 juillet), j’ai nullement envie de renouveler l’expérience…

    sur le retour en pleine montagne je croise un groupe de 4 personnes qui partent randonner dans le massif des Kerlingarfjöll !!! Quelle bande d’imprudents avec le sale temps qui arrive droit devant nous, j’arrive au camp vers 18h00, je vais direct à l’accueil du chalet et je préviens la réceptionniste qu’il y a 4 personnes en montagne en ce moment au cas où le temps se dégraderait vraiment, par précaution. Tiens le camping c’est littéralement vidé, il ne reste plus que 2 tentes et 2 camping-car,

    je range mes affaires et je remarque que j’ai perdu mon stylo pendant la rando. Impossible donc de continuer mon carnet de route, je continue de prendre des notes en écrivant des textos sur mon portable … 13°C et toujours ce satané vent, c’est une véritable maladie dans cette île. Une bonne douche me fait le plus grand bien, c’est gratuit (l’eau vient de la source d’eau chaude) et elle sent bien le souffre elle aussi comme à Mývatn, ce sont des douches collectives par 2, j’y reste pendant 1 heure c’est trop bon. Une petite lessive aussi dans la rivière pour laver mes chaussettes de rando d’aujourd’hui. En contournant ma tente par derrière je mets mes pieds dans de la mousse gorgée d’eau et me voilà avec une 2ème paire de chaussettes trempes !!! Allé stop ça suffit les conneries, je m’attelle au repas pour ce soir, ce sera bouillon (pour me réchauffer, avec ce temps), couscous et le skyr habituel mélangé à la confiture de rhubarbe. Voilà une bonne ventrée qui me redonne des forces et pour digérer je vais voir de plus près les chevaux islandais qui se trouvent dans le parc à côté de ma tente. Il est 22h30, je finis la soirée en lisant Marianne dans la tente mais j’ai encore faim !!!!! Soyons fou, j’attrape des galettes de seigle locales et la confiture de rhubarbe. Il est 00h00 est il fait encore grand jour dehors, c'est ça les avantages du soleil de minuit, des journées continues. Il fait à peine 10°C, je m’endors très difficilement c’est peut être le thé dans la gourde de cet après-midi. En plus le bruit du moteur du groupe électrogène qui tourne m’empêche de m’endormir (bizarre, hier soir je ne l’avais pas entendu), les bouchons pour les oreilles sont de rigueur. Il fait 8° cette nuit.