13 juillet


le trajet d'aujourd'hui : Landmannahellir, Landmannalaugar, F208, volcan Lakagígar (Laki), Kirkjubæjarklaustur.


  • Très bonne nuit, je me lève à 08h00. Pour la deuxième fois d’affilée je n’ai pas mal au dos en me levant, c’est bien. Il fait 10°C et le vent est tombé ce matin mais le ciel est toujours couvert, mince le double toit de la tente est mouillé, je ne me suis pas aperçus qu’il est en train de bruiner et le vent est en fait est encore là, je suis mal réveillé ou quoi !!! Dehors la température est kif kif avec celle à l’intérieur de la tente, un très beau 09°C. je m’habille chaudement avec toujours l’indispensable col roulé, ça sert à rien de s’attraper la crève je me prépare le petit dèj dans le 4x4, mais je me rends compte que je n’ai plus beaucoup de café car il ne me reste plus que 2 sticks pour les 3 derniers jours, donc pour ce matin ça sera petit dèj au lait simplement avec la bonne dose de muesli qui va bien et confiture de rhubarbe habituelle. Je quitte Landmannahellir par la piste qui longe la rivière Helliskvísl,

    cette piste c’est celle là que j’ai pris hier soir pour revenir, et j’arrive au lac Frostastaðavatn, j’ai un bol monstre car le soleil brille entre 2 nuages et donne au paysage qui entoure ce lac des couleurs fabuleuses entre cette magnifique coulée de lave andésite, cette montagne aux couleurs feu, holala c’est grandiose !!!

    Hier j’y étais déjà passé mais j’avais vu le cadre sous un temps atroce, mais là ça se passe de commentaires. Depuis le lac jusqu’au site du Landmannalaugar la piste traverse d’énormes champs de lave, témoignage d’un volcanisme ancien (surtout dû au volcan Torfajökull)

    et en arrivant au site du Landmannalaugar pareil une énorme coulée de lave (Laugahraun), en fait c’est un véritable mur de plusieurs mètres de haut qui m’accueille, rien que ça, ça impressionne.

    Il est 10h00, je me gare sur le parking bien moins bondé qu’hier et le ciel se recouvre un peu, je fais un petit peu le tour du camping et du refuge pour repérer des cartes de la région et je me lance dans l’escalade de la coulé de lave Laugahraun haute d’une 10ène de mètres, et le sentier se faufile dans la coulée, ce champ de lave Laugarhaun c’est formé durant les dernières éruptions volcaniques de la région vers 1500, composée de rhyolite et d’obsidienne, elle s’est étalée sur 1 km² déportant les 2 cours d’eau aux pied des montagnes,

    une fois traversé le Laugahraun, je me retrouve nez à nez avec un paysage grandiose fait de montagnes rhyolitiques aux couleurs ocres pastel, un immense pré humide vert brillant alimenté par la rivière Námskvísl et la montagne Brennisteinsalda à ma gauche.

    Je ne compte pas monter au sommet de cette montagne mais rien qu’à l’idée de voir un superbe panorama sur le Laugar me convainc définitivement d’entamer la grimpette du Brennisteinsalda (la montagne en flammes), les cuisses et le genou gauche me font bien mal mais la vue est à ce prix. Au pied de cette montagne, de ce volcan en fait, des solfatares parsèment le sol et Brennisteinsalda se pare de splendides couleurs, rouge, rose, jaune, ocre, vert, … c’est vraiment …

    Du sommet (881m), on embrasse toute la vallée avec la superbe coulée de Laugahraun qui me laisse sur le cul !!! On remarque bien comme cette coulée a progressé. La vue aussi sur le massif de rhyolites de la vallée de Grænagil est tout simplement une palette de peinture d’un artiste impressionniste, c’est un régal pour les yeux, comment peut on imaginer que la nature puisse réaliser des choses aussi belles … je suis cloué sur place … Et derrière moi le Suðurnámur.

    Le vent commence à me gêner sérieusement et je redescend, mais avant de reprendre le Laugahraun je m’enfonce tout seul dans la vallée en longeant la rivière Grænagil, c’est cette vallée toute bariolée que je trouvais si belle (y’a pas que moi) tout à l’heure, le brouillard commence à recouvrir la gorge et le vent s’engouffre avec plaisir ici, pour continuer dans cette vallée silencieuse je suis obligé de trouver des combines avec les galets pour traverser la rivière à plusieurs reprises, c’est pas évident. La sensation de solitude est impressionnante ici, non seulement aucune trace vie dans ce décors ocre mais le vent siffle légèrement aussi, j’ai l’impression d’être seul au monde, ce silence devient de plus en plus lourd à supporter, c’en est même oppressant, on se croirait dans la vallée de la mort aux Etats Unis.

    Je me mets à l’abri dans une ravine, il recommence à bruiner, je mange vite fait car je n’ai pas très chaud et je m’en reviens vers le Laugahraun que je longe en suivant la rivière Grænagil coincée entre la coulée de lave et la montagne Bláhnjúkur.

    L’envie de monter là haut m’anime mais c’est les jambes que je n’ai plus après 3 semaines à accumuler les randos, ascensions. Le flanc de Bláhnjúkur est d’une couleur vert-bronze incroyable, comme si toute la montagne était oxydée de vert de gris, c’est fou !!!

    La pluie arrive est il est grand temps de rejoindre la voiture mais je fais quand même un petit détour dans l’entrée de la plaine inondable de la rivière Litla Brandsgil, j’en profite pour me ramasser quelques cailloux et roches de différentes couleurs afin de compléter ma collection comme souvenir d’Islande.

    Me voilà de retour au camp il fait 9°C et il est 15h00, juste une petite ballade dans le Landmannalaugar le temps de quelques heures de soleil car le ciel se recouvre maintenant. C’est sûr cette région mériterait bien plus de temps mais la météo actuelle et les jambes coupées ont eu raison de ma volonté. Un petit bémol quand même, il y a beaucoup beaucoup de monde au Laugar, c’est très fréquenté avec pas moins de 15 bus tout terrains aujourd’hui sur le parking et pas mal de 4x4, on est très loin de la quiétude des Kerlingarfjöll. Cependant il ne faut surtout pas enlever la beauté extraordinaire de tout ce massif volcanique aux 1000 couleurs, ainsi que toute la palette de paysages de la réserve naturelle de Fjallabak. 15h30 je décolle car il tombe quelques averses éparses maintenant, j’ingurgite 2 dafalgans, je n’y tiens plus mon genou gauche va exploser !!!



    Je m’engage sur la F208 sous quelques rayons de soleil, … enfin c’est bien couvert quand même, mais c’est bien plus agréable qu’hier, y’a pas photo. La piste F208 est très pittoresque, très verdoyante de mousses fluo le long de la rivière Jökulgil et ses nombreux gués à traverser.

    Je reviens à la faille d’ Eldgjá (la gorge de feu en islandais), toujours dans la réserve de Fjallabak c’est la plus grande fissure éruptive du monde avec ses 70 km de long pour une profondeur de 270m et 600m de large, cette fissure est entrée en éruption en 934 ap J.C. elle s’étire de la calotte glaciaire du Vatnajökull jusqu’à celle du Mýrdalsjökull (certains signes semblent indiquer qu’elle est reliée au volcan sous glaciaire Katla sous le Mýrdalsjökull).

    Je quitte la piste F208 pour reprendre la piste F206 qui mène au volcan Laki (ou le Lakagígar en islandais), la F206 est très charmante au début elle aussi très verdoyante

    mais le terrain se dégrade très rapidement pour entrer dans un désert de lave, elle devient très escarpée, très pierreuse c’est une des pistes les plus difficiles que j’ai rencontré depuis le début du voyage, qu’est qu’elle est fatigante. Longue de 45 km interminables à travers de la lave couverte de mousse verte et jaune, c’est effarant comme paysages on se croirait sur une autre planète …

    bien sûr il n’y a personne au bout de la piste qui se trouve au pied du volcan principal du Laki, car il faut savoir que le Laki n’est pas un volcan unique, c’est un ensemble de cratères composant une longue faille éruptive sur 25 km de long, on dénombre plus de 130 cratères de différentes grosseurs tout le long de la faille. Je monte au sommet du cratère principal avec mon genou cagneux en ½ heures, de la haut un spectacle ahurissant s’étale devant moi, un alignement de cratères impressionnant à perte de vue, c’est à couper le souffle mais ce qu’il faut dire aussi c’est que la chaîne de cratère se poursuit derrière moi et elle est tout aussi longue, c’est maintenant que j’imagine quelle catastrophe il se passa en 1783 : le 8 juin 1783 il y eu la plus grande et grosse éruption que l’Homme aie connu sur Terre. Ce fût une catastrophe terrible, en 10 mois le Laki rejeta 15 milliards de m³ de lave (ou 15 km³) !!! Et 90 milliards de m³ d’acide sulfurique !!!!!! Cet immense champ de lave s’étala sur 600 km² (5x Paris intra-muros) et sur 50 km jusqu’à la mer … Il y eu des fontaines de lave de 1400m de hauteur sur 25 km tout le long de la faille, les 1er jours le débit de lave était de 5000m³/s !!!!! 1/5 de la population de l’île disparût ainsi que 80% du cheptel de bétail empoisonné par 8 millions de tonnes de fluorine (200.000 moutons, 30.000 chevaux et 10.000 bovins). Pendant des décennies la Scandinavie et l’Europe eurent un immense nuage de cendres (faisant chuter en moyenne les températures de 4,5°C) changeant le climat jusqu’en Asie (affaiblissement des moussons) et en Afrique (baisse du niveau du Nil), 120 millions de tonnes de dioxyde sulfurique et 20 millions de tonnes de gaz carbonique donnèrent naissance à travers l'Europe à ce qui est connu sous le nom de « brouillard de Laki ». La révolution française serait en partie due à cette éruption qui provoqua des récoltes médiocres pendant plusieurs années sur toute l’Europe, affaiblissant les populations qui avait déjà des conditions de vie difficiles. C’est tout simplement ahurissant, à peine croyable … !!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Aujourd’hui le géant Laki s’est endormi (pour toujours j’espère …),

    il fait 8°C au sommet et un vent à décorner un taureau, je redescend car il est 19h30 et le temps de rentrer, trouver un endroit où poser ma tente je sens que je ne vais pas manger de bonne heure. Pendant le retour sur la F206 mon dos est soumis à rude épreuve. A la fin de la piste près des gorges de Fjaðrargljúfur je trouve un terrain vraiment sympa avec une vue extra sur la coulée de lave du Laki au bord de la falaise, mais le vent aussi est extra !!! Il m’est impossible de monter la tente, je réussis quand même pour la chambre mais le double toit j’y arrive pas, ça souffle trop, dommage je replie tout. Je pousse alors jusqu’à Kirkjubæjarklaustur et je me trouve alors un petit coin tranquille très bien abrité du vent mais les sardines se tordent de rire, 5cm de mousse et pour le reste du caillou … Faut pas qu’il y est trop de vent cette nuit car la tente est à peine attachée.

    Il est 22h00, j’ai hyper faim, on va passer à table avec comme menu : bouillon, hareng, blé aux champignons, saucisses, rondelles de poisson (en fait il y a plus de patates et oignons que de poissons dans ces rondelles, je sais même pas si c’est pas des rondelles à l’oignon !!!) pourtant j’ai acheté ça au rayon poisson.

    Avec tout ça je suis calé, il fait 11°C et une grande colonie d’oiseaux vole au dessus de la lagune devant ma tente. Je me prépare une petite tisane camomille avant d’aller au lit, il est 23h30, c’est ma dernière nuit en camping sauvage en Islande en principe. La 1ere (27 juin) et la dernière soirée (aujourd’hui) en sauvage ont pas mal de similitudes : galère pour trouver un endroit, beaucoup de vent, pas très froid, pas mal d’oiseaux. Avec toute cette marche aujourd’hui j’ai les pieds pas très propres et je me trouve une petite marre pour me laver les pattes, oh bordel qu’elle est froide, heureusement que c’est que mes pieds que je lave !!!!