29 juin


le trajet d'aujourd'hui : Seljalandsfoss, Cap Dyrhólaey, Vík í Mýrdal, Kirkjubæjarklaustur, Skaftafell.


  • Je me lève à 07h30, il fait déjà …10°C et un grand soleil pour commencer. Les voisins ovins sont toujours là en train de brouter l’herbe, je ne vais tout de même pas leur proposer de prendre le petit dèj avec moi !! Je remballe tout le matos et je descends à la cascade Seljalandsfoss en contre bas, tiens il y avait un camping juste à côté. Il n’y a personne à la cascade,

    je commence par croire qu’ici en Islande quand on dit qu’il y a une foule de touristes c’est à partir de … 3 personnes !!!! Cette cascade à la particularité d’avoir un petit sentier qui passe derrière la cascade, je fais donc le téméraire et je me lance, il fallait bien s’en douter je me trempe de la tête aux pieds, de plus il ne faut marcher très vite derrière ça glisse.

    Une fois revenu à la voiture je suis bon pour me changer d’habits.

    25 km plus loin j’arrive à la cascade Skógafoss, un superbe rideau d’eau carré qui tombe régulièrement, comme un mur de 60m de haut pour 25m de large.

    Il parait qu’un trésor se trouve derrière la chute, je ne vais pas m’aventurer à le trouver j’ai déjà donné avec la cascade de tout à l’heure !! Je monte par les escaliers (bien rudes) qui mènent au sommet de Skógafoss,

    la vue sur la plaine côtière est magnifique. C’est le début du treck de Skógar-Porsmörk-Landmannalaugar. Un peu plus loin une piste mène à la langue glacière Sólheimajökull du glacier Mýrdalsjökull, là aussi il n’y a personne sauf une fourgonnette islandaise, 2 alpinistes proposent leur service pour escalader la langue glacière. Cette dernière ne ressemble pas aux autres langues car la glace a charrié de la cendre volcanique noire, donc toute la glace de la langue est de couleur noire !!! Et oui de la glace noire.

    Je m’avance prudemment dans une grotte sous glacière malgré le panneau d’interdiction je ne peux m’empêcher d’aller voir la dedans, un puit de lumière éclaire la grotte.

    Mais elle peut s’effondrer à tout moment, je rebrousse chemin. Le temps devient menaçant il peut changer à tout moment, il y a encore 5min il faisait grand soleil. Me voilà à la pointe extrême sud de l’Islande au Cap Dyrhólaey, la piste est très mauvaise, c’est pas grave des bus l’empruntent, c’est des pilotes les chauffeurs. Je passe devant des Sédiments volcano-détritiques, roches de grès à matériaux pyroclastiques.

    Le Cap Dyrhólaey est le paradis des ornithologues, ce sont des falaises basaltiques hautes de 120m qui accueillent de mai à juillet la nidification des milliers d’oiseaux, notamment des sternes arctiques et des macareux moines, c’est une réserve naturelle protégée. D’ici on 2 très belles vues sur la grande arche basaltique qui s’avance dans la mer et les aiguilles de Reynisdrangur.

    Une très belle arche basaltique se trouve là aussi,

    beaucoup de gens sont ici pour voir les macareux, mais comme ils se trouvent tous sur le flan de la falaise, il n’y a pas beaucoup d’endroits pour les admirer, une place est particulièrement convoitée par de nombreux touristes mais elle est déjà occupée par un photographe amateur. Petite astuce, je m’avance de l’autre côté de la falaise et je me mets à plat ventre, j’ai moi aussi la vue sur le macareux tant désiré mais personne n’a eu l’idée de passer derrière !!! Les macareux ne sont pas du tout sauvages, et leur tête est vraiment attendrissante, je n’arrive toujours pas à croire que les islandais les chassent… Ma tête de clown prend différentes positions,

    je continue de me promener sur les falaises et un groupe de macareux se trouve au rebord de la falaise mais là aussi personne ne les a remarqué, il faut se promener un petit peu hors des sentiers battus. Je continue ma route vers Vík í Mýrdal, petit village de 300 hab., c’est le lieu le plus pluvieux d’Islande à la pointe sud de l’Islande.

    C’est un village mort pas une âme, peut-être parce qu’on est dimanche, cette bourgade est surtout connue pour sa plage de sable noir en arc de cercle, elle a été classée parmis les 10 plus belles plages du monde en 1991, avec les aiguilles basaltiques Reynisdrangur s’avançant dans la mer, le ciel assez bas et ce sable noir, le lieu devient très vite inquiétant, mais superbe !! Il est possible de d’aller de l’autre côté des aiguilles par une petite route derrière la montagne, là aussi c’est une plage de sable noir, c’est la plage de Reynisfjara et les aiguilles basaltiques sont au plus près de moi, mais une grande grotte recouverte d’arches basaltiques se trouve en bordure de plage avec de superbes orgues basaltiques,

    je n’arrive pas à prendre la grotte car un couple est leur 2 enfants s’amusent sur les orgues, je pers patience et je m’en vais me promener sur la plage. La pluie qui menaçait tout à l’heure est en train de tomber maintenant, je rentre vite fait à la voiture. Je repasse par Vík í Mýrdal et 20km plus loin mon aiguille d’essence tombe d’un seul coup !!! Le voyant de la réserve s’allume à plus de 60km de la prochaine station. Voyons voir, une station est indiquée à 12km de la N1 sur une piste que je prends, en fait cette piste fait une grande boucle pour revenir sur la N1, je vous donne le nom de la ferme sur cette piste, rien que pour le plaisir : þykkvabaejarklaustur. Malheureusement cette station est introuvable et je grille donc 25km d’autonomie sur la réserve.

    Je suis vraiment dans la merde totale, si je tombe en rade ici, la prochaine station est à 50 bornes à (là aussi accrochez vous !!) Kirkjubæjarklaustur, et encore il faut absolument que la station indiquée sur la carte dans ce village soit présente sinon … Je décide alors de ne rouler qu’à 50km/h sur la N1 jusqu’à Kirkjubæjarklaustur en espérant ne pas tomber en rade avant. Je traverse une région insolite, une immense coulée de lave couvert de mousse jaunâtre, un véritable désert minéral sur 25km, c’est sidérant, c’est le résultat du volcan Laki en 1783, oui il faut que j’aille voir ce volcan dans 2 semaines à mon retour dans cette région.

    Après de longues longues minutes sur la N1 j’arrive par miracle à Kirkjubæjarklaustur et une station est là à l’entrée du village, ouf je suis sauvé c’est la 1ère et dernière fois que je me fais avoir pour l’essence.

    Bon comment ça marche les stations en Islande, il faut d’abord insérer la carte, taper la somme totale en Isk de ce que je veux en essence. C’est pas très pratique car si je met une trop grosse somme, je risque de d’avoir le plein alors qu’il va me rester du crédit à prendre. Je regardes sur le manuel de la voiture la capacité du réservoir et je la multiplie par le prix au litre d’essence, j’en enlève un peu au cas où. C’est bon ça marche, très bonne technique pour pas se faire baiser. Au moment de repartir de la station, une femme m'accourse pour me prévenir, j'ai oublié de refermer la trappe d'essence et de revisser le bouchon ... Il est 18h30 je gare la Yaris sur le petit parking d’un ancien abattoir et vais me faire une petite rando d’ 1h½ sur le plateau au dessus de Kirkjubæjarklaustur.

    Au bout de 130m de dénivelé me voici sur le plateau et le lac Systravatn,

    je longe pendant 1km environ le bord de la falaise et je redescends par des parois de colonnes basaltiques,

    je me ramène un bloc d’orgue basaltique comme souvenir (un bel hexagone), je ne sais pas encore comment je vais le rapporter à St Martial, mais bon j’aviserai. En bas se trouve dans un pré le kirkjugólf (pavement d’église islandais), il doit son nom aux 1er colons qui virent dans cette formation rocheuse en nid d’abeilles les vestiges d’une église construite par les ermites irlandais. Il s’agit en fait d’une coulée basaltique étrangement érodée par le passage des glaciers et dont les colonnes hexagonales forment un pavement.

    Un peu plus loin ma mère me téléphone au même moment je remplis mes bouteilles d’eau à une cascade. Il se met à tomber des gouttes puis une pluie fine, c’est pas étonnant le temps menace depuis ce matin, il fait 10°C, il est 22h00 je roule encore un peu pour trouver un coin où manger, mais comment trouver un endroit ici, pas un village sur des kilomètres et des kilomètres, il pleut, il fait froid, sans compter le vent, il est tard même si il fait jour ; je crois que je vais sauter le repas du soir mais avec la faim que je me tiens ça va être dur. Je vois au loin au fond d’un champ au raz de la montagne comme une cabane en bois perdue, il ne me semble pas y avoir de voiture,

    je m’engage doucement sur la piste et j’arrive à ce cabanon, juste une remorque à chevaux. Je descends et je fais le tour du propriétaire ? Personne. C’est tout bon ça, mais ce n’est pas abandonné car il y a du matériel dedans mais moi ce qui m’intéresse c’est la terrasse abritée. Je m’installe sur cette dernière, je déplie une chaise je fais de la place sur un coffre en bois, et je fais mon repas dessus, à l’abri c’est impec.

    Une bonne soupe avec un maggi pour ce réchauffer et une poche de purée/jambon déshydratée. Après s’être bien calé, je vais gambader derrière le cabanon,

    il y a une petite cascade qui sort d’un grand canyon creusé dans la montagne,

    ça n’a pas l’air mal je vais m’avancer et suivre le ruisseau, le canyon est couvert d’orgues basaltiques c’est vraiment sympa ce coin. Mais le plus beau reste à venir, après avoir fait une centaine de mètres la gorge fait un virage en angle droit vers la droite dans la montagne et là surprise !!!

    Une magnifique cascade entourée de colonnes basaltiques sort du canyon en forme de cirque encore plus haut que tout à l’heure, c’est féerique, c’est la plus belle cascade que j’ai vue depuis le début !!!!

    Ce site n’est indiqué nulle part ni au bord de la route ni sur mes cartes ni sur le guide, alors que c’est superbe, ça reste un très beau moment de mon voyage. Je continue ma route et 5km après c’est Nupsstadur, un musée de plein air avec une église du 17ème s. en toit de tourbe mais je ne m’avance pas car il est tard et une personne âgée me regarde depuis sa fenêtre.

    Ici à Nupsstadur ce fut jusqu’en 1977 le point final de la route N1, au-delà l’accès à la région se faisait en cabotage ou à cheval. De nos jours un ensemble de ponts permet de franchir les innombrables chenaux de la Skeyðarársandur.



    A partir d’ici j’entre dans la plaine désertique de la Skeyðarársandur, le sandur est une plaine de piémont formée par les alluvions glaciaires charriés et déposés par les eaux de fonte de glaciers. Le Skeyðarársandur est le sandur le plus grand du monde avec une superficie de 1300km². Il a été modelé par les nombreuses éruptions volcaniques qui se sont produites à partir du Grímsvötn (le volcan le plus actif d’Islande), et notamment les jökulhlaups qu'il a déclenché.

    Le jökulhaup est une crue cataclysmique qui s’apparente à une coulée de boue, de glace, d’eau et de rochers. Il se forme lorsqu'un volcan sous-glaciaire entre en éruption, la chaleur dégagée par le magma fait fondre d'énormes quantités de glaces dont l'eau peut s'accumuler car bloquée par des parois rocheuses ou par les bords de la calotte glaciaire elle-même. Lorsque la pression devient trop importante, la barrière qui retenait le lac sous-glaciaire se rompt, libérant d'énormes quantités d'eau. Une importante érosion du glacier se produit alors, l'eau réchauffée entaillant le glacier et pouvant emporter d'énormes blocs de glaces de plusieurs centaines de tonnes.

    Le jökulhlaup le plus récent s'est déroulé le 5 novembre 1996 d'une éruption du Grímsvötn. Le débit maximal a été estimé entre 45 000 et 50 000 m³/s (20x le débit du Rhône à son embouchure !!) et des vagues de 5m de hauteur. Alors que le débit normal du Skeiðará (la rivière principale de la région) est de 200 à 400 m³/s. Le dépôt de sédiments a été évalué à 12,8 millions de m³ et certaines parties du sandur ont reçu une couche de dix mètres d'épaisseur, le flot boueux de 50km de large (3km³ d’eau et 100 millions de tonnes de roches volcanique furent charriées) format une traînée de 15km de long dans l’océan atlantique. Heureusement la région est inhabitée, mais les dégâts matériels ont été considérables les routes et câbles téléphoniques et électriques furent dévastées, le montant total des dégâts a été de 15 millions de $. Pendant des mois les habitants d’Höfn ont du faire le tour de l’Islande pour gagner la capitale (un détour de 1000km).

    Le Grímsvötn est un volcan avec des lacs sous glaciaires situés sous la calotte glacière du Vatnajökull. Sous ces lacs se trouve une chambre magmatique alimentant le volcan. Le Vatnajökull, le plus grand glacier d’Europe (aussi grand que la Corse, 8000km²et 1km d’épaisseur) et le 3ème plus grand au monde après le Groenland et l’antarctique, abrite sous sa calotte 6 volcans dont le Hvannadalshnjúkur, point culminant de l’Islande (2 119 m), et deux autres volcans particulièrement actifs : le Grimsvötn et le Bárðarbunga. Ces volcans se situent sur un système de failles majeures d'une longueur de quelques centaines de kilomètres et parallèle au rift qui coupe l'île en deux. Le Grimsvötn a des éruptions à peu près tous les dix ans, la dernière ayant eu lieu entre le 1er et le 4 novembre 2004. Comme le Grimsvötn émet en permanence des fumerolles, la chaleur sous-jacente crée un lac sous glaciaire de 8 kilomètres de longueur par 6 km de largeur et 500m de profondeur. Voilà pour l’histoire de la région du Vatnajökull.


    Pour ma part j’entre donc dans cette fameuse plaine côtière, la route est droite (pire que dans les Landes) j’ai l’impression que c’est interminable et je ne croise personne sur la route sur 80km, je vais m’endormir. Je passe devant la langue glacière Skeydararjökull, là où le jökulhlaup de 96 a déboulé de dessous le glacier, cette langue fait maintenant 25km de large.

    Il est 00h00 quand j’arrive devant une aire de repos avec des panneaux d’explication sur le désastre de 1996

    et un témoignage de la violence du phénomène : un morceau de pont métallique routier totalement plié en 8 et pourtant le fer fait 3cm d’épaisseur !!!

    Tiens un signe vie arrive dan ce désert !!! Une voiture se gare et la conductrice (une française accompagnée d’un danois) me demande si c’est encore loin Skaftafell, non ça ne doit plus être très loin. Si je n’avais pas ma montre je n’aurai plus aucun repaire temporel, le ciel est tout couvert mais il fait toujours jour avec l’impression que la journée à durée 3 jours tellement elle est longue. 2 énormes langues glaciaires m'accueillent au pied du glacier, j’arrive enfin au camping du parc national de Skaftafell et je retrouve la française qui recherche plutôt une auberge de jeunesse, si elle en trouve une par ici je lui paye le champagne !!!! Car au pied du glacier Vatnajökull, le 1er village est à 100 bornes, c’est déjà bien qu’il y ait un camping. Evidement à 01h00 du mat l’accueil de ce dernier est fermé, je m’installe quand même en silence, il n’y a pas grand monde dans le camping. J’irai payer demain matin, je fais vite car il pleut un peu et le ciel est toujours aussi chargé et très bas mais bon comme on y voit comme en plein jour, c’est tranquille. La température est de 10°C. Demain j’ai une grosse journée rando alors un peu de sommeil réparateur me fera le plus grand bien cette nuit.