30 juin


le trajet d'aujourd'hui : Parc National de Skaftafell, ascension du Krístínartindár.


  • Le parc national de Skaftafell se trouve en grosse partie sur la surface du glacier Vatnajökull. Pour informations, le glacier Vatnajökull est le plus grand glacier du monde à l’exception des 2 régions polaires, il s’étend sur environ 8500 km² (aussi grand que la Corse) soit 8% du territoire islandais et son épaisseur moyenne est de 800m. Il est plus important à lui seul que tous les glaciers d’Europe réunis, faut dire aussi qu'il n'en reste plus beaucoup non plus sur le continent. Sous le glacier, on trouve un nombre impressionnant de volcans actifs dont le Hvannadalshnúkur (le sommet de l’Islande, 2120m), la plus haute montagne de l'Islande, le Grímsvötn (voir le récit d’hier pour ce volcan), le Bárðarbunga, etc… Le parc national de Skaftafell est le parc national le plus vaste d’Europe (15000 km²) il s’étend jusqu’à la chaîne de cratères du Laki, le parc abrite une des rares forêts de l’île, pas moins de 200 espèces végétales y ont été recensées ainsi qu’une pléthore d’oiseaux, du bruant des neiges aux grands labbes arctiques. Les passionnés de rando y trouvent aussi leur compte à la découverte des langues glaciaires véritables mers de glace immenses, aux nombreuses cascades et aux sommets vertigineux. La maison du parc se trouve à l’accueil du camping géré par les gardes.


    Je me lève à 08h00, j’ai bien dormi cette nuit. Il fait 10°C et le ciel est toujours aussi couvert avec un petit vent frais, je vais direct à l’accueil les prévenir que je suis arrivé hier soir et que je suis là pour 2 nuits (la nuit dernière et ce soir), je me prend mes affaires pour déjeuner et mes paires de chaussettes à laver, je m’installe aux tables du camping, bon gros dèj car aujourd’hui ça va être une rude journée de rando, et je squatte un lavabo pour laver mes chaussettes. Pour les faire sécher je les accroche au rétroviseur intérieur de la voiture face au pare brise comme ça le moindre rayon de soleil les séchera. Ils ont prévu de la pluie pour aujourd’hui mais c’est pas ça qui va m’arrêter, j’emporte dans mon sac mon pantalon k-way on ne sait jamais, un collant polyester (sorte de lycra) pour le corps, les gants, le bonnet, et un bon sweet. Pour commencer hormis les chaussures de rando je me mets un pantacourt (je préfère pour marcher) un tee-shirt manches longues et la veste gore-tex. Je me prépare 2 bons gros sandwichs, 2 pommes, 1 paquet de gâteaux et ma gourde. Je vais faire l’ascension du Krístínartindár (1126m, 1050m de dénivelé),

    son sommet culmine entre les langues glaciaires du Vatnajökull. Je décolle du camping à 09h30, le chemin commence derrière les sanitaires et traverse une petite forêt de bouleaux. Ça grimpe pas mal pour arriver sur le plateau exposé plein vent, la végétation est tout de suite différente les arbustes sont couchés au sol aplatis par le zef.

    Je passe au dessus de nombreuses cascades en contre bas,

    je sens bien qu’il ne va pas y avoir grand monde dans la montagne aujourd’hui, ça n’a pas l’air de se dégager et je suis un groupe de français emmené par un guide islandais, le dernier couple du groupe n’a pas l’air très sociable, la femme dit à son mari que je voudrai les dépasser et il lui répond : il n’a qu’a attendre si il est pressé, en parlant de moi !!! Quel pauvre type, je les suis depuis ¼ d’heure si j’avais voulu le doubler je l’aurai fais y’a longtemps. Je les laisse à leur guide qui leur montre du thym serpolet, ils sont en extase … il leur en faut peu, ils doivent être de la ville, les seules fois qu'ils ont vu du thym c'est dans les flacons de chez Ducros (c'est pour eux que Ducros se décarcasse) je parie. De plus quand je vois certains comme ils sont équipés, je me marre, pour faire 1 heure de balade ils s’équipent comme si ils allaient gravir l’Himalaya !!!! Il ne manque rien sur eux, certains doivent bien avoir 1500€ d’habits et de matos sur eux, limite il ne leur manque plus que la bobonne d’oxygène … tout ça pour impressionner les copains, c’est pitoyable … c’est … français …

    J’arrive à hauteur d’un autre groupe bien plus sympa avec pour guide une gardienne du parc qui remplace les piquets de balisage cassés, elle me demande si tout va bien et si je m’y retrouve sur ma carte, c’est très gentil de sa part. la vue sur la langue glaciaire Skaftafellsjökull est très impressionnante,

    c’est une immense mer de glace qui débute en 2 bras et qui se rejoignent pour former cette langue, pour les dimensions faut savoir qu’elle fait 12km de long pour 2,5km de large, c’est fantastique, on remarque bien les crevasses dans la glace.

    L’homme est bien petit face à une nature si imposante, grandiose. Je longe alors Skaftafellsjökull qui se trouve en contre bas du ravin,

    sur la glace d'étranges zigzags parcourent la langue, on dirait des éclairs

    et le vent se met à souffler, un vent très froid et que je prends de face, il descend direct du glacier, la température ressentie ne doit pas être loin de 0°C. Je n’ai pas froid aux jambes même en pantacourt, tant que je marche le sang réchauffe mes mollets et avec la veste gore-tex y’a pas de soucis ça coupe net le vent. J’ai de plus en plus de mal à avancer, le vent me déporte, je pleure sans arrêt avec le vent dans les yeux, c’est terrible un vent aussi violent. Il n’y a plus de végétation depuis pas mal de temps, le caillou règne en maître !! Je trouve un trou qui m’abrite du vent et j’en profite pour enfiler le collant et le sweet, ça va de suite bien mieux mais le vent me gêne considérablement dans ma progression, il souffle sans discontinuer, ça va promettre dans la partie supérieure de la rando, faut être fou pour s’engager ici avec ce temps, mais il ne pleut pas c’est déjà ça. Il n’y a personne dans la montagne, en voyant cette mer de glace face à moi tout seul, je prends un plaisir non dissimulé, c’est fantastique.

    Il n’y a plus de balises depuis ½ heures et j’attaque une partie d’ascension assez dure car très escarpée, il faut faire très attention aux éboulis sous les pieds, les couleurs des roches des ravins tirent sur le rose et l’orange, comme quoi la roche volcanique n’est pas que noire.

    Il est 12h00, je marche depuis 3h00 dans cette ventouse, ça fatigue le corps c’est fou !!! Au détour d’un gros roc je m’arrête manger, c’est idéal car à l’abri du vent. A la vue des sandwichs, une faim de loup arrive et je m’avale ça en un rien de temps et une pomme et quelques gâteaux pour finir.

    Bien calé, je repars mais le repas m’a coupé un peu les jambes. A l’arrivée d’un col, le vent est encore plus terrible, il s’engouffre entre les 2 montagnes et je peux à peine rester debout, je rebrousse chemin sur 20m et j’enfile mon pantalon k-way, et je repars au combat avec le vent, de nouveau au col

    je croise les 2 premières personnes depuis le début de la rando ce sont des grenoblois (un jeune couple)!!! Ils arrivent de l’autre versant beaucoup moins venté car il ne suit pas la langue glaciaire et le chemin bien plus facile.

    A partir d’ici c’est le dernier palier de l’ascension, quasiment de l’escalade et de la marche sur l’arrête des pics, avec ce vent c’est très dangereux. Les 2 français partent devant moi, ils n’ont pas de bâtons, je ne sais pas comment ils font pour se stabiliser en escaladant le roc, le sentier est très très escarpé avec beaucoup d’éboulis sur la paroi, il ne fait pas plus de 10/15cm de large.

    J’arrive enfin au sommet du Krístínartindár, il est 13h30, rejoignant les 2 grenoblois, il faut être français pour faire une ascension dans des conditions pareilles. La vue est sensationnelle, sur 360°,

    la langue glaciaire Skaftafellsjökull est immense vue de dessus, on a du mal à croire qu’elle fait 12km de long et 2,5km de large,

    à gauche il y a aussi le Morsarjökull

    et derrière moi la fin de la langue glaciaire Skeydararjökull (du jökulhlaup de 96)

    et une vue d’ensemble sur toute la pleine alluviale de Skeyðarársandur.

    On discute un petit moment, ils viennent de faire le treck Skógar-Porsmörk-Landmannalaugar, du site de Landmannalaugar ils ne m’en disent que du bien, ils m’offrent des dattes à manger, c’est très gentils de leur part. Une fois repartis, je reste un petit peu tout seul au sommet et je redescends,

    c’est assez difficile avec les éboulis et le vent mais je prends mon temps, une fois au col je continue par l’autre versant que les grenoblois ont pris en montant. Il y’ a une vue superbe sur des montagnes de ryolithe,

    le soleil à l’air de pointer timidement son nez et je n’ai plus le vent de l’aller dans le museau puisque la langue glaciaire est maintenant derrière moi sur l’autre versant.

    Je pers vite le sentier parmis les pierres mais je me repaire assez facilement car les espaces sont immenses, je contourne une large montagne et en tirant tout droit je rejoins le sentier balisé de l’aller, le soleil est maintenant bien installé et éclaire la langue glaciaire Skaftafellsjökull, les nuages se dissipent peu à peu.

    Je me détourne du sentier initial pour aller voir la cascade Svartifoss, parmis la forêt de bouleaux j’entend parler français après un virage, je continue et je me retrouve nez à nez avec 4 visages qui ne me sont pas inconnus !!!!!!!! Ce sont les 2 couples d’Aix en Provence de l’aéroport de Roissy !!!!!!!!!!!!!!!!!!!! (Voir le 27 juillet) quelle coïncidence !!!!!!! Bonjour les aixois !!!!!!!!!!!!!! On discute un peu et ils n’en reviennent pas de savoir que j’arrive de là haut. Je fais 50m plus loin et je tombe nez à nez avec les grenoblois cette fois !!!!!! Le monde est vraiment trop petit, pourtant ce n’est pas l’espace qui manque en Islande. Svartifoss est une cascade très sympa qui tombe dans un cirque d’orgues basaltiques à l’envers,

    c’est très curieux, d’énormes blocs d’orgues jonchent le ruisseau, je sais pas pourquoi ça me fait penser au temple de Zeus à Olympie. Ils se sont servis des orgues pour faire des escaliers sur le sentier, très original. Je descends toujours en croisant 4 autres cascades,

    j’arrive enfin au camping il est 18h00, voilà une sacrée rando que je ne suis pas prêt d’oublier, mes chaussettes sont sèches. Je ne suis pas si fatigué que ça je pose mes affaires et je repars voir la fin de la langue glaciaire Skaftafellsjökull un peu plus loin après le camping, il fait un froid de canard je n’aurais pas dû poser la veste gore-tex car le vent descend de la langue, elle est très impressionnante on dirait qu’elle va nous manger !!!!

    Je retourne à la maison du parc pour visiter l’expo permanente sur le glacier, vraiment bien faite et je reretrouve encore mes aixois, décidément on se poursuit. Je ne prend pas de cartes postales, il n’y a pas le prix, en même temps j’achète des pièces de 50isk pour la douche car l’accueil ferme à 21h00, comme j’ai le temps je vais laver mes chaussettes de rando d’aujourd’hui et même système de séchage sur le rétroviseur intérieur de la voiture.

    Ce soir c’est gros repas, j’ai une faim de loup, je m’installe aux tables des sanitaires et c’est saucisses et riz cantonnier, heu non cantonais !!! La douche s’impose ce soir, je prends mes affaires, je m’installe dans la cabine, prépare tout, me déshabille. Il faut 4x50isk (4 pièces) et j’en ai que 2, mince 1ère baise. Bon je tente le coup de mettre les 2 pièces que j’ai dans le minuteur, temps pis si j’ai que la moitié du temps prévus en eau chaude pour se doucher, une fois les 2 pièces mises la machine ne veut rien savoir, il faut 4 pièces pour la déclencher !!! 2ème baise. Comment faire ? Si je retourne à la tente voir dans mon porte monnaie si j’en ai d’autres je risque de me faire prendre la place à la douche et perdre les 2 pièces qui sont déjà dans le minuteur, qui ne tente rien n’a rien je me rhabille et je pars en courant aussi vite que je peux voir à la tente, j’en ai qu’une, il m’en faut une autre. Je demande au voisin si il ne peut pas m’échanger 1 pièce de 100isk contre 2 de 50 isk, c’est bon il a ça. Allé vite en courant je retourne à ma douche, ouf !!!! Personne n’est venu. J’insère les 2 autres pièces, ça marche j’ai 5 min, va falloir faire vite. Je règle sur 42°C et il sort à peine 15°C !!!!!!! 3ème baise. Il fait à peine 8°C dehors, je suis à poil et j’ai une eau à 15°C à peine pour me doucher… Au moins quand je vais sortir je serais à température ambiante !!! En voulant me dépêcher dans la douche je dérape sur le lino par terre et je me casse la gueulle !!!! 4ème baise. En fait en 3 min (elle est tellement froide) j’ai fini mouillé, savonné, rincé. Je reviens à la tente et le vent s’est remit à souffler, il est 23h00 le ciel s’est de nouveau couvert, ça présage rien de bien bon pour demain, je vais au lit. Mauvaise nuit, le vent n’a pas arrêté de secouer la tente, il a fait 12°C cette nuit.