02 avril 09

le trajet d'aujourd'hui : El Garrobo, Nerva, Riotinto, Aracena, Alajar, Jabugo, Almonaster la Real.


  • Voilà encore une très bonne nuit, je me réveille à 08h00 au son des cris des perdreaux, coucous et ... taureaux qui meuglent dans les près à côté, il fait 06°C de ce matin. Mes chaussettes qui pendent dans l'entrée de la tente sont trempes de condensation ... Une fois le ptit dèj avalé, c'est séance toilette car l'aspect d'un ours ne me va pas trop, en même temps j'étale la toile de tente sur la clôture pour qu'elle sèche avec les premiers rayons du soleil.

    Après avoir fait le plein d'essence, je monte vers la Sierra d'Aracena, on se rapproche du Portugal car les grandes forêts d'eucalyptus et de pins se multiplient, je prends la direction de Nerva. De grandes saignées parcourent les forêts à flan de montagne, ça doit être des coupe-feu comme dans les Landes en France.

    Me voilà à Minas de Riotinto, petite bourgade de campagne de 5000 habitants, je m'avance au musée minier, génial à la réception le type est français !!! Parfait, mais c'est un malin, il essaie de me refourguer le pack (train, musée, village) à plus de 20€ !! Je me laisse pas démonter et je ne prend que le ticket pour le train qui est quand même à10€, j'espère que c'est en 1ère classe !!! Par contre je n'ai vraiment pas beaucoup de temps car le départ du train est à 11h30 et il est 11h25, sans compter que la gare se trouve sur la route de Nerva à 6km d'ici, je décampe vite fait du musée et direction la 206 garée au bourg, je fais péter les cylindres pour arriver à la gare à l'heure pile, le temps de mettre la voiture à l'ombre. C'est bon y'a pas grand monde, je monte dans un des wagons qui doivent dater de l'avant guerre, les banquettes sont en bois donc très pratique pour se mâcher le cul, le train démarre lentement, j'ai comment l'impression que le wagon va se disloquer au premier virage !!! tellement ça couine de partout. On traverse un immense champs minier à ciel ouvert abandonné, c'est lunaire, un paysage de mort avec ces couleurs oxydées qui tirent du brun jusqu'au blanc en passant par l'ocre, le beige, le rouge, ... c'est d'enfer !!! Dommage que les explications vocales soient en espagnol, c'est branque ces balafres dans un aussi beau paysage, voilà maintenant une gare abandonnée avec les wagons-miniers, les têtes de rogneuses, les locomotives, tout est en ruine oxydé et bouffé par la rouille.

    Et puis apparaît le Rio Tinto, cette petite rivière de quelques mètres de large couleur sang-grenat, et changeant de teinte suivant sa profondeur, tirant sur l'orange quand c'est peu profond et sur le marron-noir quand il prend de la profondeur, c'est fascinant la rivière qui saigne ... il ne doit pas y avoir de poissons dans le Rio Tinto, à part les poissons rouges, bien sûr !!!!! La nature reprend petit à petit ses droits, les mines s'estompent peu à peu et laissent place aux forêts de pins et chênes verts sur de belles collines et toujours comme guide le Rio Tinto en contre-bas. 1 heure déjà que je contemple la région et voilà que l'on arrive à une petite gare pour faire demi-tour, en attendant que la locomotive manœuvre je descend du wagon pour s'approcher de la rivière rouge, je n'ose pas toucher cette eau oxydée.

    Mais pourquoi cette couleur particulière ? Et bien c'est dû à l'acidité de l'eau qui a un pH entre 1,9 et 2,5 ; saturée en ion ferrique, cette grande quantité de fer dissout dans l'eau s'oxyde et dont cette teinte rouillée. Cet environnement extrême est entretenu par un écosystème microbien, les microbes présents dans la rivière se nourrissent des minéraux sulfureux et excrètent de l'acide sulfurique !! C'est parti pour le chemin retour par la même ligne féroviere. Malheureusement il ne faut pas oublier que cette exploitation de la nature par l'Homme a provoqué d'énormes pollutions dans le Riotinto, notamment dûs aux drainages miniers acides qui ont fait que le Riotinto est devenu le fleuve ayant la plus grosse minéralisation sulfurée du monde, pollution longtemps occultée pour ne pas entraver le développement industriel de la multinationale "Rio Tinto", 2ème plus grand groupe minier du monde.
    13h00 la fin de la balade, je reviens à Minas de Riotinto et je passe devant le site de Cerro Colorado, la deuxième plus grande mine à ciel ouvert de la région, c'est immense, est-elle encore en service ? sûrement puisque les immenses bâtiments et entrepôts ont l'air d'être exploités, mais je pose quand même la question puisque la mine à ciel ouvert est noyée, de plus je ne vois personne sur le site, aucune activité, bizarre ... Je me gare au point de vue dans le virage et je pars à pied sur un petit chemin à la recherche de la mine de Corta Atalaya car elle n'est indiquée nulle part mais quelque chose me dit qu'elle doit se trouver derrière car c'est pas un petit trou quand même. Je fais pas 100m qu'un type en 4x4 (avec un logo de boite industrielle) me tombe dessus, "vous n'avez pas le droit d'être ici !! c'est interdit !!", je lui explique que je cherche le cratère de Corta Atalaya et si il savait où est ce qu'il se trouvait ? "c'est par là, sans plus de précision" en plus il me dit ça sur un ton bien sévère, aimable comme une porte de prison celui là, et il repart. Je lui demande pourquoi, mais pas de réponse de sa part, c'est interdit, point barre. Pourtant j'ai pas vus de panneaux "propriété privée" que je sache. Purée, y'en a marre, on ne peut pas faire 3m dans la campagne sans qu'on te tombe dessus en te disant "propriété privée" ... je regrette le bon vieux temps du communisme où tous les biens étaient communs !!! En plus le type en 4x4 m'espionne de loin pour voir ce que je vais faire, il commence à me gonfler sérieux celui là.

    Je reprends la 206 à la recherche de Corta, ils n'ont quand même pas rebouché le trou !!! Bon je suis sûr, c'est dans les derrières du village, prend la direction de Huelva et je tourne à la 1ère à droite vers le golf, en bout de chemin je me retrouve la barrière fermée, cadenassée, enchaînée, grillagée partout avec de gros pneus de tracto barrant la route mais c'est bien là Corta Atalaya, seulement le site est inaccessible, actuellement la compagnie hollandaise propriétaire du site a interdit et fermé l'accès au site, on distingue juste le haut de la mine et toujours les pancartes de cette fameuse entreprise minière.

    C'est pas grave, impossible n'est pas français, je vais m'inventer une entrée, moi !!! Je me gare sur le parking devant l'entrée du golf et je traverse comme un champs de tir à la carabine, faudrait pas que je serve de cible !! en bout je descends le ravin pentu, j'enjambe un large fossé et me voilà à l'intérieur du site, évidement personne je suis tout seul. Et quel trou !!!!! Donc c'est ici la mine de Corta Atalaya, c'était la plus grande exploitation à ciel ouvert du monde et maintenant c'est la plus grande d'Europe, elle mesure 1.200m de long, 900m de large et 350m de profondeur, l'anneau central fait 2.000m2 !!!! Elle est maintenant désaffectée et noyée depuis fin des années 80.

    Comment à t-on pu extraire autant de minerai de fer, la route en terrasse parallèle paraît bien petite et pourtant d'énormes camions-bennes pouvaient se croiser à l'aise, c'est effarant !!! La fameuse locomotive est à peine visible et pourtant elle serait bien énorme à côté de moi !!

    Je ne traine pas, on ne sais jamais, faudrait pas que le type au 4x4 me trouve ici alors que c'est interdit.

    Je me tire vite fait et je prend la direction d'Aracena et m'arrête manger à un lac artificiel, je m'installe sur le barrage, super cadre !!! Maintenant que j'y pense j'aurais pu prendre le train ce matin sans payer puisqu'ils ne m'ont même pas demandé le ticket ... J'entre dans le Parc Naturel de la Sierra d'Aracena à quelques dizaines de km du Portugal, ça se voit car après les eucalyptus c'est les chênes lièges qui prolifèrent ici, la végétation est plus éparse, 24°C mais une chaleur lourde.

    Me voilà à Aracena, je cherche les fameuses grottes et impossible à les trouver, mince en fait elles se trouvent en plein centre-ville ... Je vais me rafraichir à la grotte de Merveilles (la Gruta de las Maravillas) mais mon heure de passage est à 16h30, bordel plus d'1 heure à poireauter ... Je prend mon polaire au cas où il ferai frais dessous. En attendant je m'assois dans une salle du point I pour continuer d'écrire mon carnet de voyage, bien sûr un troupeau de mioches viennent foutre le bordel dans la salle ... Allé c'est l'heure, et bon voilà ... je viens de visiter la Grotte ... comment décrire ce je viens de voir, ben j'ai pas de mots assez forts, tout ce que je peux dire c'est qu'elle porte bien son nom ... Comment la nature peut-elle faire des choses aussi belles ? ... no sé, ... Ces stalactites/stalagmites sont époustouflantes avec leurs formes style en plis de rideaux, en queue de sèche, globuleux, coraux, ... ça en donne même le vertige. C'est sans mots, sans commentaires.

    Juste étonnant aussi la chaleur qu'il y fait à l'intérieur. Par contre, carton rouge car ils interdisent les photos, au début je pensais que ça risquait d'abimer les concrétions avec le flash, mais non c'est juste commercial, car eux ils te proposent une photo de chaque visiteur devant une stalagmite, photo payante ... c'est pour ça que j'achète à la sortie un dépliant de photos officielles que j'ai aucun scrupule à diffuser sur le net !!! 17h30 je prends le petit chemin en corniche jusqu'à Alajar et me balade à pied jusqu'à Pena arias montano, de là on a une vue panoramique sur le village.

    Tiens de l'eau potable à une fontaine, j'en profite pour faire le plein du jerrican. J'arrive à Jabugo avec un camping un peu plus loin, j'y vais car je compte y passer la nuit, il est ouvert mais personne à l'accueil, ce dernier est même fermé, j'attends 20min et toujours personne, ils viennent de perdre un client ... On remarque bien les strates végétales de cette Sierra : le chêne vert, le chêne liège, et maintenant le châtaignier énorme, c'est la première fois que j'en vois ici. Impossible de me trouver un coin pour la tente, tout est clôturé et fermé d'un portail. Je galère terrible, je trouve un chemin empierré mais de place pour la tente, je perds même 20 min dans ce chemin. Je pousse jusqu'à Almonaster la Real, je vais devoir dormir dans la 206, à la sortie du village je trouve une vague prairie au dessus de la route, il est 20h00, c'est impec. Il était temps, la tente est encore trempée de ce matin, vite montée.

    Le repas c'est couscous tajine+saucisses+soupe. 13°C, fait frais on est en moyenne montagne. Au moment où j'enfile le jeans, un paysan passe et me dit bonjour avec le sourire. 21h00, j'étudie le parcours pour demain, je vais au duvet et l'humidité s'est déjà déposée sur la toile, ça va faire comme ce matin : toile trempée, i heure à sécher ... ciel étoilé et pas un nuage.