05 avril 09

le trajet d'aujourd'hui : Castillo de Castellar, Jimena de la Frontera, El Colmenar, Cortes de la Frontera, Algatocin, Ronda.


  • Je me réveille ce matin par un concerto de chants d'oiseaux vers 07h00, c'est trop agréable on se croirait dans la forêt amazonienne, 14°C. Je me lève à 08h00 avec le mal au dos. Tiens le ciel est nuageux, mais fait bien bon, la tente est sèche, que demander de plus ? petit dèj vite fait et je décolle à 09h00 pour Castillo de Castellar, déjà rien que le nom je me doute,

    me gare à l'entrée du village fortifié, c'est un village blanc médiéval perché sur un éperon rocheux "le Saint Macaire andalou", je me demande comment il est à peine signalé dans le guide vert ... la vue est magnifique sur le lac et jusqu'à Gibraltar. Je ne me lasse pas de déambuler à travers les ruelles étroites où les jasmins blancs en pleine fleurs embaument la cité, tantôt un plaçot avec un oranger, tantôt une impasse fleurie, je suis aux anges si bien que j'y reste jusqu'à 11h00.

    Beaucoup de maisons sont à vendre à Castellar, si j'avais de l'argent. Des rapaces survolent le château, au retour j'emprunte le chemin qui descend (chemin européen de rando) du pied du château jusqu'en bas, la végétation méditerranéenne est luxuriante, genêts, opuntias, figuiers, lentisques, ... un chemin de rêve il ne manque plus que le soleil. Je colle un peu, va falloir une douche ce soir et laver du linge.

    Je reprend la route jusqu'à Jimena de la Frontera en traversant pas mal de pâturages verdoyants, l'été ça doit être autre chose.

    Je quitte la route de Ronda pour m'enfoncer dans le Parc Naturel d'Alcornocales, ce nom d'Alcornocales vient du mot espagnol "alcornoque" qui est le chêne-liège, d'ailleurs la forêt d'Alcornocales est le plus grand massif forestier de chêne-liège d'Europe. La petite route part en corniche vers El Colmenar, il n'y a personne par ici et le ravin est là sans protection, faut faire bien gaffe !!! Les paysages sont magnifiques, je sais pas pourquoi mais tout me fait penser aux Pyrénées : le bocage, la route, les prairies, les bovins, ..., c'est un régal, de plus le soleil à percé les nuages avec un bon 18°C.

    Tous ces troncs sombres dépecés et tortueux qui contrastent avec les formes massives des ajoncs en fleurs et toujours cette petite odeur de miel qui parcourt la campagne !!! c'est ça la nature ? et bien elle fait bien les choses, les oiseaux s'en donnent à cœur joie, bizarre aussi les palmiers qui poussent à l'état sauvage mais restent nains.
    L'extraction du liège se fait de juin à septembre à l'aide d'une serpette spéciale, on découpe des lanières d'écorce mais c'est délicat faut pas abimer l'arbre, l'écorce peut atteindre 25cm d'épaisseur. Le chêne-liège est exploitable dès ses 30 ans si le diamètre du tronc dépasse les 60cm et l'écorce 3cm d'épaisseur, la durée de vie de cet arbre est d'environ 150 ans, donc il y a à peu près 10 récoltes d'écorces par arbre, le Portugal et l'Espagne sont les 2 plus gros producteurs de lièges au monde. Il est 13h00, je mange sur la route de Cortes de la Frontera, 25°C et le la lumière est trop forte pour prendre des photos.

    Je sors de la forêt à partir de Cortes et j'entre dans la vallée du rio Genal avec de très beaux panoramas et des villages qui font des taches blanches sur le flanc de la montagne, j'arrive à Algatocin en ayant une pensée pour les copains qui jouent contre Villandraut en ce moment, j'irai aux nouvelles footballistiques ce soir. 16h00, à partir de là j'entre dans une zone montagneuse karstique, on se croirait dans la région d'Argolide en Grèce, c'est frappant les paysages sont nus de la roche grise avec de nombreux points de vue.

    Et voilà Ronda qui s'étend sur sa falaise, obligé de me garé à l'extérieur de la ville, trop de monde. Sur le guide vert, le prix d'entrée de l'église de Santa Maria la Mayor est de 2€, il est passé à 4€, effet de la crise !!! J'ai pas rencontré de français depuis que je suis ici en Andalousie et en 10 min je croise 3 familles !!! Je passe devant le plus petit minaret d'Espagne, le minaret de San Sebastian (14ème s.).

    On est dimanche, le palais de Mondragon est fermé, dommage, en fait tous les monuments sont fermés le dimanche après-midi. Je descend au point de vue en contre-bas du pont neuf (98m) en sandales, faut faire attention, surtout que j'ai une ampoule en formation mais je suis tellement bien les pieds à l'air !!!! Je becte quelques gâteaux et bois un coup de flotte, c'est mieux que le 1/2 à 4,5€ de Gibraltar ça !!!! d'ailleurs je pense qu'elle m'attend encore pour la monnaie ... Ce pont quel exploit technique de construction sur une faille de roche qui à l'air frillable, il relie la vieille ville de la nouvelle.

    Je me balade jusqu'en haut du pont et l'apparence de tout à l'heure est maintenant une évidence : tous les français visitant l'Andalousie se sont donnés rendez-vous à Ronda en ce dimanche !!! on est partout, de véritables dorifores !!!! A un des endroits de la gorge un couple de français lit son guide sur un des ponts et un vieux monsieur espagnol essaye de leur expliquer l'origine des 2 ponts (1 romain, l'autre arabe), le couple de français fait semblant de l'ignorer complètement, une attitude qui me choque profondément, des baffes se perdent, le pauvre homme est dégouté, c'est inadmissible des comportements de dédain comme ça !!!!!! Voilà l'étiquette du bon français de base bien estampillée, j'en suis désolé pour l'espagnol. Je continue ma balade dans la ville par le long de la gorge dans un jardin en terrasse "los jardines de la cuenca".

    En ce dimanche de Rameaux, devant les maisons on fait brûler de l'encens à base de rameaux de romarins, toutes les rues de la ville embaument et puis la fanfare passe dans les rues,

    c'est le début d'une des périodes de l'année la plus importante de l'Espagne : la Semaine Sainte (Semana Santa), véritable spectacle religieux pour certains, moment de festivités pour d'autres ou bien temps de recueillements, toujours est-il que l'on ne reste jamais indifférent de cette période en Espagne. Chaque jour de la Semaine Sainte, des confréries (congrégations, les hermandad) entament leurs processions de leurs chapelles, églises jusqu'à l'église principale de la ville, en transportant le paso, énorme autel richement décoré à l'effigie du Christ pendant la Passion précédant le palio, autel de de la vièrge Marie, tout cela encadré par les pénitents (nazarenos) encagoulés de tuniques pointues, les rues sont hornées des couleurs des congrégations du jour, les porteurs (costaleros) des congrégations tournent régulièrement car l'autel est terriblement lourd. Tout cela dirigé par le responsable de l'équipe (le capataz) qui ordonne par la voix la direction à prendre, le levé ou l'arrêt du paso. Ce soir c'est la "Hermandad (congrégation) de Nuestro Padre Jesus de la Salud y Maria Santisma de la Amargura" qui débute les festivités à 20h00, c'est la confrérie des Gitans, une foule immense gagne les rues de Ronda, tout le monde est sur son 31, quelle fête, les gens s'agglutinent le long de la rue principale et à l'église ça n'arrête pas d'arriver, c'est intergénerationel : enfants, ados, adultes, personnes âgées, touristes, ... c'est du sérieux !!! Un chaudron de romarin nous enfume le coin de la rue, c'est à peine tenable ...

    La fanfare passe à 19h30 jouant une musique très solennelle puis les pénitents suivent à 20h15, tuniques grenat vêtus il y a aussi des petits enfants sous les cagoules, j'ai toujours peur qu'ils se foutent le rifle avec les cierges penchés et les cagoules qui passent si près. 20h30 le premier paso arrive, un Christ, c'est enthousiasme général, ils avancent vraiment pas vite, faut dire aussi que ça pèse lourd !!! Tout les 100m ils s'arrêtent pour se remplacer ou pour soufflet sûrement et quand ils se relèvent le paso tremble de partout, tout le monde applaudit l'effort et quand ils prennent un angle de rue, c'est tout un problème, ils piétinent comme des souris pour tourner !!!

    Le tout au rythme des fanfares qui jouent des morceaux bien solennels pour bien plomber l'émotion, c'est sûr ils vont pas jouer "la pitxuri" ... Il est 21h30 et toujours pas fini car le deuxième paso de la vierge va passer cette fois-ci.

    C'est fou la tradition de la Semana Santa en Espagne, dans tous les villages c'est pareil, j'en crois pas mes yeux. Impossible de s'en aller la foule est trop dense, Saint Martial m'appelle, tout va bien.
    Il est 22h00 quand ça se termine, j'ai plus très chaud en tee-shirt et pantacourt, 15°C il fait nuit noire et ça va être folklo pour trouver un endroit et monter la tente !!!! Un coup de bol terrible, je trouve une oliveraie sans clôture avec un accès, je comprend mieux le terrain a été labouré y'a pas longtemps. Je m'avance, je mets les veilleuses pour pas trop me faire voir, je épierre et installe vite fait la tente devant la 206. 22h30, me prend vite un truc à manger : le réchaud, nouilles asiatiques, apero et gâteaux, hop je m'installe dans la tente, c'est pas prudent mais bon au moins c'est discret avec juste la frontale.

    Je vais pas me laisser démonter, j'attaque un bon apero pour fêter la Semana Santa à ma manière !!! tout en faisant cuire dans l'eau bouillante la viande d'y a 3 jours ... et je plonge les nouilles dans la gamelle, le tout avec la fanfare en fond sonore à Ronda. 23h00, 16°C, j'ai mal au dos car y'a une grosse motte de terre sous le tapis mais ça ma gêne pas trop. Pour finir la journée, des chiens n'arrêtent pas d'aboyer, je m'endors vers 00h00.