le trajet d'aujourd'hui : Rinvyle, Croagh Patrick, Westport, Castlebar, Ballyvary.


  • Soleil splendide ce matin, une fois n’est pas coutume ces derniers temps. Hier je n’avais pas trop remarqué mais on n’est vraiment pas très nombreux dans le camping,

    une petite douche pour se réveiller et on avale le petit dèj sans se faire prier. Aujourd’hui notre route va nous mener à la péninsule qui se trouve juste au dessus du Connemara : le Murrisk. Après avoir tout plié Christophe me dépose à l’accueil pour prendre des timbres, je compte bien écrire quelques cartes postales ce soir. Quelques kilomètres après avoir quitté Rinvyle nous passons au bord du lough Kylemore et de son abbaye, mais ce qui nous saisi le plus c’est ce lac, d’un calme !!!! Je n’ai jamais vu une eau aussi calme comme figée, c’est ce qu’on appelle une mer d’huile, ou un miroir d’eau. C’est fou on dirait que l’eau s’est solidifiée, pas une ondulation à la surface et ce paysage magnifique qui se reflète dedans, c’est féerique,

    Paskal n’en revint pas, il part faire un petit tour sur la berge tandis que Chris et moi essayons de trouver des cadres photogéniques du lac. La matinée commence par un ce paysage qui nous cloue le bec !!

    Nous reprenons notre petite route qui traverse de vastes plaines de tourbières, on trouve des fosses de tourbage un peu partout, soit des fosses de tourbage traditionnelles, le paysan sort des briques de tourbe à l’aide d’une bêche incurvée et inversée et les briques sont irrégulières, il les dépose debout entre elles pour former des petits tas style tipi d’indien afin de sécher les briques, soit des fosses de tourbage faites à la machine, les traces de la machine sont très régulières et les briques sont très lisses, la machine les dépose à même le sol étendues comme un pavage (voir les photos d’hier), alors pourquoi l’extraction de la tourbe ? Les tourbières d’Irlande sont les plus grandes d’Europe et représentent 1/6ème de la superficie de l’île.

    Ces tourbières font de 6 à 12m d’épaisseur dans le sol. Tout le long de l’histoire de l’Irlande, elles ont joué en rôle majeur : elles ont empêché les envahisseurs de s’étendre dans tout le pays car le sol est très très spongieux et dangereux de s’y aventurer au milieu sous peine de rester coincé. Dans l’économie aussi la tourbe à eu et à encore un rôle déterminant : comme l’Irlande a été dépourvue de bois très rapidement et qu’elle n’a pas de gisements de charbon, la tourbe est devenue la 1ère source de combustible de l’île, elle a d’ailleurs un bon pouvoir calorifique, les tourbières sont exploitées à l’échelle industrielle depuis le milieu de XXème s. qui alimentent 5 centrales thermiques du pays pour l’électricité. En fait pour résumer l’Irlande se chauffe en brûlant de la terre !!!!! Nous traversons des paysages aux vertes collines pour arriver à Westport le principal village du Murrisk dans le comté de Mayo,

    et nous voilà à Croagh Patrick (763m), la montagne sacrée des irlandais.

    C’est en haut de cette montagne que St Patrick (le patron des irlandais, tout le monde le sait !!) a jeûné pendant 40 jours en 441 ap JC. A la fin du jeûne St Patrick jeta une cloche du haut de la montagne bannissant tous les serpents d’Irlande qui se jetèrent à la mer pour s’y noyer. En l’honneur de St Patrick jusqu’à 100.000 pèlerins (beaucoup pieds nus !!) font l’ascension de la montagne sur les pentes caillouteuses jusqu’au sommet le dernier dimanche de juillet. Cette montagne est impressionnante car elle est la seule dans son genre, plantée ici, de plus elle est vierge de végétation uniquement recouverte de cailloux !!! Du parking on distingue bien la 1ère partie de l’ascension jusqu’au col, je devine que la montée va être dure car la piste va tout droit prenant plein fer l’inclinaison de la montagne, il n’y a pas de chemin en lacets qui permettrait d’adoucir la pente, ici c’est tout droit !!!! Nous chaussons les chaussures de rando car on ne compte pas le faire pieds nus, surtout Chris avec les ampoules qu’il s’est chopé au Kerry, heureusement qu’elles sont guéries, et on s’envoie 2 boites de conserve de poissons chacun façon de prendre des forces. Je prends mon petit sac avec quelques paquets de gâteaux, Chris prend son sac avec des bouteilles d’eau et Pask prend son sac avec les vêtements de pluie en cas. L’ascension commence il est 14h30, tout en suivant un petit ruisseau Paskal mène la troupe, tel un berger basque avec ses moutons !!

    Je m’aperçois vite que nous marchons à un rythme bien trop rapide pour Christophe qui fait l’accordéon avec nous, je lui demande plusieurs fois si ça va ? Oui oui pas de soucis. Et puis dans la 1ère partie de la montée au col Christophe craque, il est tout rouge, prêt à éclater !!! Il n’en peut plus, a le souffle coupé sec !!! J’appelle Pask pour qu’il ralentisse, on est obligé de s’arrêter pour laisser s’asseoir Christophe sur une pierre, il est cramé, je le vois bien, il ne fait vraiment pas semblant, complètement à bout de souffle suant à grosses gouttes. Je fais échange de nos sacs à dos car le sien est plus lourd que le mien mais je pose même la question si il va pouvoir continuer l’ascension … Il a vraiment pas de bol après les ampoules maintenant c’est le manque d’endurance (je suis sûr qu’il n’a jamais monté un truc pareil, car la rando c’est pas trop son truc, il est plutôt adepte du lever de fonte et de poussées en mêlées au rugby …), mais je connais trop bien Chris pour savoir qu’il ne va pas renoncer à quelque chose que nous nous allons faire. Et effectivement il décide de repartir, de se prouver à soi-même que lui aussi peut arriver là haut, quelle belle preuve de courage de sa part je suis vraiment fier de lui !!!! Paskal repart devant et je reste derrière Christophe qui repart à son rythme, je ne veux surtout pas lui imposer un rythme de marche qu’il ne supportera pas et je le laisse monter devant moi jusqu’au col. D’ici le paysage devient grandiose, surtout sur la baie de Clew en face de nous, maintenant on attaque la 2ème partie de l’ascension du Croagh Patrick proprement dit, et là c’est une autre paire de manches la pente est très raide et il n’y a plus de chemin bien tracé, c’est de la grimpette dans les gros cailloux de roche, les pierres roulent sous nos pieds, à chaque pas les cailloux s’éboulent et roulent en bas, à plusieurs endroits on est obligé si on ne veut pas tomber de grimper à 4 pattes !!

    C’est la 1ère ascension que je fais comme ça, des gens qui redescendent tombent régulièrement à la renverse, c’est ahurissant !!!! Avec Christophe nous faisons des haltes tous les 20m pour qu’il puisse souffler et récupérer, mais je le vois déjà bien mieux que tout à l’heure il a meilleure mine et heureux d’arriver à grimper une montagne pareille !!!!

    Même si c’est à un rythme très lent pour moi j’admets que je sens les jambes qui durcissent sous l’effort. Nous arrivons à la fin de la montée et un vent terrible nous accueille en haut !! C’est …vivifiant !!! Nous avons mis un peu plus de 2 heures, Paskal nous attend sur le pas de la chapelle à l’abris du zef, et Chris qui a réussi, félicitations !!! Après tous ces efforts quelques biscuits sont les bienvenus,

    je fais le tour de la chapelle dédiée à St Patrick, et dire qu’il a jeûné ici pendant 40 jours … et dire aussi qu’il y en a qui font l’ascension pieds nus !!! Alors ça je n’en reviens pas, dans toute cette caillasse c’est à peine croyable !!! Nous sommes ici une semaine trop tôt car c’est dans 8 jours que le grand pèlerinage national a lieu, je serai curieux de voir ça, 100.000 irlandais sur cette montagne sacrée. Une canadienne nous prend en photos tous les 3.

    Mais le paysage est un rêve de beauté, du sommet de Croagh Patrick la vue sur la baie de Clew est … y’a pas de mots, la baie est parsemée de drumlins submergés (des petites collines en forme de dos de baleine) formant des dessins sur l’eau, les bancs de sable à fleur de mer donnent des couleurs différentes à l’eau et les drumlins d’un vert fluo avec l’eau turquoise et le sable blanc c’est génial.

    Après ½ heure passée au sommet de Croagh Patrick, un nuage de brouillard gagne les lieux, il est temps pour nous de redescendre,

    et la descente est bien plus périeuse que la montée car les cailloux dégringolent dès que l’on pose le pied par terre, je me retrouve plusieurs fois le cul par terre.

    Nous mettons à peu près 1 heure pour arriver en bas de la montagne, en cours de route je croise un type qui le fait pied nu, ça doit être un fidèle parmis les fidèles !!

    Ou alors il s’entraîne pour la semaine prochaine, mais il faut avoir de sacrées cornes sous les pieds pour résister aux cailloux, d’ailleurs il doit s’arrêter tous les 10m tellement il a mal. Une fois à la voiture, Christophe est tellement épuisé qu’il reste assis à côté de la voiture

    tandis que moi et Pask allons voir le monument national de la famine de 1997 représentant un navire-cerceuil.

    Un peu plus loin dans un près nous allons voir l’abbaye de Murrisk (15ème s.),

    le vent doit être terrible car tous les arbres et arbustes de haie sont littéralement couchés vers l’intérieur des terres !!!

    Nous trouvons un petit camping en pleine campagne à Ballyvary après Castlebar. On installe nos tentes juste au bord de la rivière qui d’après Paskal est une bonne rivière à truites.

    On s’installe pour manger sur un gros rouleau en bois de fil électrique et on passe tout le repas à raconter des blagues (surtout celles de Coluche), un fou rire terrible. On va ensuite à l’accueil qui fait bar pour écrire nos cartes postales, Chris est toujours aussi désolé de me voir autant écrire à chaque voyage, en effet c’est 17/18 cartes postales que j’envoie chaque année, et j’essaie d’écrire autre chose que « bonjour, il fait beau, c’est joli, je pense à vous, bonsoir » alors évidement ça prend du temps, alors que Christophe, lui, envoie 3-4 cartes pas plus. Il commande 3 Guinness, mais on se fait avoir c’est de la Guinness non pas en pression mais en canette … ça perd de tout son charme ce n’est pas du tout pareil … au goût, à l’amertume, à l’épaisseur, ça n’a rien à voir. Nuit impeccable bercés par le clapotement de la rivière, comme c’est reposant.