29 septembre 09

le trajet d'aujourd'hui : Syracuse, Catane, Mascalucia.


  • Nuit pas trop mauvaise, je me réveille à 07h30, le ciel est plus ou moins couvert mais je pense que ça va se lever dans la matinée. Comme d'habitude le bon vieux café au lait froid, mmmm un régal !!!

    Je décolle à 08h30, pour aller voir la source Cyane ; il faut traverser une grande plaine d'agrumes (mandariniers) et en suivant les pancartes on arrive en bout de route devant la fameuse source Cyane, là où à l'époque (époque mythologique, ça remonte !!) la pauvre nymphe Cyane a été transformée en source par le camarade Hadès, ce dernier n'aimait pas trop qu'on le conteste. C'est un très joli coin de verdure où poussent d'immenses papyrus à l'état sauvage, ces derniers longent le lit du ruisseau et il n'y en a que là !!! Bizarre quand on connait la tendance colonisatrice de cette plante.

    J'entre dans le centre de Syracuse assez facilement et me gare au dessus du site de Neapolis, là aussi le prix du ticket d'entrée a augmenté (8€), même les cartes postales ont subit les foudres de l'augmentation du coût de la vie … J'entre dans la zone archéologique de Neapolis, et la première chose à ne pas louper c'est l'amphithéâtre romain : à le voir on dirait qu'il n'y a qu'1/2 moitié de l'amphi qui est encore en très bon état, l'autre partie est beaucoup plus dégradée, en fait il faut savoir qu'une moitié du site a été construite en creusant directement dans le roc !!!!! C'est pour ça que les gradins et escaliers sont encore en super état !!! L'autre partie c'était des moellons de pierres superposés et par la suite pillés pour d'autres constructions. Creusé dans le roc !!!! C'est un travail colossal mais au moins ça tient au sol !!!!! Je le trouve aussi grand que celui d'Italica.

    Juste un peu plus loin ce trouve le théâtre qui possède la même caractéristique que l'amphithéâtre, c'est à dire qu'il a été lui aussi creusé directement dans la roche mère !!! Il est vraiment majestueux, Epidaure n'a qu'à bien se tenir !!! On voit bien se travail de sculpture dans le roc au niveau des escaliers, ça n'a pas bougé d'1cm en 25 siècles !!! D'ailleurs les Syracusiens s'en servent encore pour nombre de représentations. Un groupe de français commence à foutre son bordel en voulant passer par dessus les barrières, un surveillant siffle « attention d'abord ils sifflent, après ils tirent !!! (Coluche) ».

    Je m'installe au pied du théâtre pour commencer la tâche fastidieuse de l'écriture des cartes postales (j'en ai 18 … ). 11h00, je m'avance dans le site des latomies (anciennes carrières qui servirent par la suite de prisons vers -500 av J.C.) pour voir l'Oreille de notre ami Dionisio (Denys l'ancien, militaire sicilien et historien en -400 av J.C.), quel appareil auditif !!!! C'est une immense (en hauteur) grotte aux parois lisses en forme de « S » qui ressemble à un pavillon d'oreille), en entrant une femme chante « the water is wide » (célèbre chanson traditionnelle irlandaise, dont Renaud a repris l'air pour composer « la ballade nord-irlandaise ») avec l'écho c'est grandiose et magnifique, bon c'est vrai que la chanson est déjà très belle par elle-même, c'est fou comme ça adoucit le timbre de la voix.

    Juste avant le théâtre se trouve l'autel de Hieron II, édifié au IIIème s. pour les sacrifices publics, il pouvait accueillir plus de 200 bœufs d'un seul coup !!!!

    Je quitte le site de Neapolis vraiment heureux d'avoir vu ces monuments mythiques. Non loin de là, se trouve l'église San Giovanni Evangelista, j'aimerai bien la visiter car elle est à ciel ouvert et dessous se trouve la crypte de Saint Marcien, dommage elle est fermée au public aujourd'hui, cela dit je la contemple de l'extérieur et elle est ornée d'une très belle rosace et d'un petit cloitre aux colonnes de différents styles ; en haut sur la croix il y a une tête de mort du plus mauvais goût, je suppose qu'il y a une signification, mais bon …

    A 200m se trouve le sanctuaire della Madonna delle Lacrime qui ressemble à une grande pyramide contemporaine en béton armé, construit après un prodige survenu en 1953 quand un tableau de la Madonne se mit à pleurer, ce sont 2 architectes français qui ont réalisé cette œuvre.

    Après mon retour à la voiture pour un ravitaillement gastrique (un sandwich), vers 14h00 je repars à pied pour le quartier le plus ancien de Syracuse : Ortygie. C'est une île reliée au reste de la ville par 2 ponts, donc en gros c'est une petite ville dans la ville !!! Je passe par la poste pour acheter des timbres, 15€ ça fait mal au dents … Alors Ortygie, c'est un quartier où toutes les rues; ruelles, routes, sont dignes d'interêt, je retrouve la richesse de Syracuse ici, devant tous ces palais en ruines, restaurés, abandonnés, habités, … Comme à Palerme, la devise pourrait être « grandeur et décadence », je déambule au grès des rues à la découverte de ces palais,

    le premier que je rencontre est à mon avis le plus beau, le plus mysterieux, le plus raffiné : c'est le Palazzo Bongiovanni (XVIIIème s.) et il est en état de délabrement complet, complètement abandonné, fenêtres cassées, volets branlants, … mais quel joyau d'architecture !!!! Ah, si j'avais de l'argent … ce palais possède un charme indescriptible, bien sûr il y a plus beau, plus grand, plus en état, plus riche, plus … mais bon moins que celui là !!

    Au fil des rues je me régale à observer ces balcons et leurs petits piliers de soutènement c'est là qu'on voit tout la richesse des palais et du temps jadis, malheureusement le sel marin et les embruns ont attaqué la pierre et certains balcons sont rongés et en mauvais état car ils doivent être en pierre tendre. En fait, c'est tout un univers ces créatures sous les balcons : méduses, sirènes, têtes d'enfants, oiseaux, frises corinthiennes, fauves, style néo-classique, monstres, … quelle créativité !!!

    Dans la rue Maeztranza, je contemple le palais Impellizzeri et la porte du palais est ouverte,

    comme je suis toujours aussi curieux je pointe mon nez à l'intérieur de la cours, et je tombe sur une mer de prospectus publicitaires qui jonchent le sol, mais il y en a partout !!!!! Je regarde curieux, et une fille vient me voir et m'invite à entrer pour m'expliquer cet immense bordel. En fait c'est une manifestation à l'initiative d'un collectif d'étudiants en architecture de l'université de Syracuse, ce collectif (leur nom est : Discarica Culturale) travaille sur la recherche artistique et culturelle en proposant des manifestations plus ou moins engagées politiquement. Pour la Manifestation d'aujourd'hui qui s'appelle « Sepolto Vivo », le thème est : l'agression toujours plus violente de la société de consommation sur nos vies et le non-partage des richesses au niveau local.

    Je ne peux qu'approuver ce qu'ils dénoncent, c'est un problème que l'on retrouve partout, … c'est pas ça qu'on appelle : … la mondialisation capitaliste ? … Sans vouloir faire la morale sociétale au monde entier, je laisse libre à chacun de réfléchir un petit peu sur la question. Cela dit, pour ma part, mes convictions sont établies depuis bien longtemps dans mes gênes et je reste persuadé que l'un des maux qui engendre nombre de graves problèmes sur la Terre c'est : le non-partage des richesses au niveau mondial. Mais tant que cette question restera tabou dans la tête de nos chers dirigeants et bien nous serons condamnés à vivre dans ce grand bordel planétaire, imaginez comment tout cela pourrai se terminer ? Bon j'arrête d'être pessimiste mais il faut bien reconnaître que ce système crée d'énormes désordres économiques, écologiques, humains, sociaux, culturels, sanitaires, … bon je m'arrête là, sinon je vais en remplir des pages et des pages.
    Revenons à cette manifestation que j'approuve totalement, la fille italienne qui parle très bien français (elle a fait son année ERASMUS à Paris l'année dernière) me propose de participer à cette manif, bon pourquoi pas ? Le principe est simple : il faut se coucher sur les prospectus et on te balance des sacs entiers d'autres prospectus publicitaires sur toi, façon de montrer que notre société est en train de se faire étouffer par la consommation effréné. Bon ok ça marche je m'allonge avec la fille par terre et me voilà bombardé de publicités !!! Ils en prennent des photos, dont celle là où je suis dessous !!!!

    D'ailleurs voici leur page Facebook qui résume cette journée. Après les avoir félicités pour leur engagement très noble, je commence à discuter plus longuement avec la fille des problèmes politiques, sociaux en Italie, elle me parle beaucoup des contre-pouvoirs qui essayent de se mettre en place en Italie mais c'est très difficile avec la main-mise de Berlusconi sur les médias et son système de séduction sur le peuple, en plus la gauche italienne est autant en mauvais état que la gauche française (c'est dire le chantier !!!). Cela dit elle me vente l'engagement de l'ancien juge anti-corruption Di Pietro qui vient de créer son parti, je n'en ai pour l'instant pas entendu parlé (au niveau judiciaire, oui ce nom me dit quelque chose) donc pas d'avis précis. Au fil de la discution on aborde le gros problème qu'est la mafia et des saccages sociaux et économiques qu'elle produit dans la vie quotidienne des gens ici, malheureusement si la jeunesse commence à ouvrir les yeux et change petit à petit de mentalité, le reste de la population adulte est encore trop encrée dans ce système là, ça prend du temps. En France, Mitterrand avait dit « il faut laisser le temps au temps « , c'est sûrement vrai ici aussi. Elle me raconte aussi le problème qu'ont les italiens car ils n'ont pas la notion de bien public, c'est pour ça que l'on trouve le pays et les villes aussi sales. Je lui raconte aussi un peu mon voyage, ce que j'ai aimé et ce que je n'ai pas aimé, … Bon allé on se quitte, c'était vraiment très intéressant cette rencontre, Ciao ! Ciao !

    Je fais 100m dans la rue que je recroise ma copine italienne avec sa mère !!! Et on se remet à discuter de tout et de rien. Bon allé c'est pas tout ça mais j'y vais. Je vais me promener du côté du Palazzo Montalto, je commence à rédiger mon carnet de voyage quand toujours ma copine italienne et sa mère me re-re-passe devant !!!! « comme le monde est petit !! » faut dire que le quartier Ortygie n'est pas immense non plus …

    Voici le Duomo, la cathédrale en fait, elle a la particularité d'avoir été construite ici à la place d'un temple grec (-IVème s. av J.C.), et aujourd'hui elle englobe l'édifice grec !!! Les bâtisseurs ont élevé des murs entre les colonnes doriques du temple, et aujourd'hui que ce soit à l'exterieur comme à l'interieur de la cathédrale on voit bien les colonnes dans les murs de l'édifice religieux !!!!! Je trouve cela extraordinaire, c'est tellement rare de voir ça !! Je suis en extase, fantastique.

    Quelle journée fantastique, je garderai un excellent souvenir de Syracuse, je comprends mieux pourquoi Henri Salvador chantait « j'aimerais tant voir Syracuse ... ». Bon il est temps de m'en revenir à la voiture, surtout que je suis garé à Neapolis. Je passe dans un point internet pour relever les horaires des ferrys chez Ustica.lines et regarder la météo sur l'Etna, pour demain beau temps mais après demain c'est incertain. En passant trop près d'une borne je cogne mon appareil photo qui est dans ma poche, résultat : l'écran de fissuré … bien joué ça, Régis. Je passe aussi devant un camion qui livre pleins de bouteilles de gaz et moi suis en rade de cartouche, c'est quand même pas malheureux de voir autant de gaz devant soi et ne pas avoir une misérable cartouche pour soi ?

    J'arrive à la voiture à 18h00 et je m'aperçois que j'ai oublié mon stylo bic au point internet … merde j'y reviens pas !!! Mais il m'en faut un obligatoirement, en quittant Syracuse je passe devant le Carrefour et m'y arrête pour me prendre un stylo. Et là, je vous mets au défi de me trouver un stylo bic basique vendu à l'unité : mission impossible !!! Ça n'existe pas !!!!! Soit tu achètes un lot de 8 stylos, soit c'est 1 stylo qui fait 4 couleurs, le spécial encre en gel, celui qui sèche instantanément, ou le sachet de 4 stylos de couleurs différentes, … mais pas 1 stylo normal unique … c'est à en pleurer … je vais quand même pas acheter 8 stylos !!!! et le spécial à l'unité vaut au moins 1,5€ … c'est du vol !!! Je quitte Carrefour avec l'impression de m'être fait berné par cette putain de société de consommation …

    Il est 19h30, et la nuit est tombée, je prends la direction de Catane et je m'arrête sur une aire de station service pour finir d'écrire mes cartes postales, c'est long et fastidieux car à chaque voyage ça me prend beaucoup de temps d'écrire environ 18 cartes mais je suis bien obligé car si tu écris à l'un, tu est bien obligé d'écrire à l'autre pour pas faire de jaloux … et puis j'aime bien écrire ce que je ressent, mes coups de cœur, décrire ce que j'ai vu, … ça remplit un verso entier de carte postale mes romans !!!! Mais c'est vrai que je déteste les cartes postales du style : « bonjour, il fait beau, je m'amuse bien, c'est joli, au revoir et bises » je trouve ça limite foutage de gueule … à la limite vaut mieux pas écrire si c'est pour faire comprendre que « je vous écris mais ça me fait bien chier car je sais pas quoi vous dire ... » Ah non !!! moi je supporte pas ce genre de comportements !!!! bon c'est pas grave. J'écris donc mes cartes jusqu'à 23h00, je suis claqué.

    Je réfléchis à la suite à donner à mon voyage car les prévisions météo ne me rassurent guère. Je vais à l'Etna et ensuite aux îles Éoliennes ou je vais d'abord aux îles Éoliennes et après l'Etna ? Je mange un gniac et je me décide quand même à commencer par l'Etna, ça me fera d'ailleurs moins de route comme ça. Il n'y a personne sur l'autoroute jusqu'à Catane et je ne paye rien car je n'ai pas rencontré de péages. J'essaie d'apercevoir l'Etna mais dans la nuit noire (« noire et obscure » comme diraient Les Inconnus !!) je ne distingue aucune montagne, je n'arrive pas à percevoir l'immensité d cette montagne juste devant moi, c'est très étrange cette sensation !!!! Pourtant je sens bien qu'il est là, l'Etna !!! J'arrive à Mascalucia à 00h30 où je me trouve un petit coin tranquille. Je tarde pas et je m'endors direct sur le siège passager.